En République démocratique du Congo, les députés nationaux, en tant qu’autorité budgétaire et législateur, sont appelés à être les gardiens du processus électoral et les artisans des réformes dont le pays a besoin. Cet appel a été lancé par Dénis Kadima Kazadi, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), mercredi 27 mai, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel de l’exercice 2025-2026 au Palais du Peuple.
Pour le patron de l’institution chargée de l’organisation des élections en République démocratique du Congo, la réussite d’un cycle ou du processus électoral ne relève pas uniquement de la compétence de son institution, mais plutôt de la capacité collective des institutions et des forces sociopolitiques et sociales à faire des élections un sujet permanent d’intérêt national et non un sujet conjoncturel.
"La réussite du cycle électoral en cours dépendra de la capacité collective des institutions de la République, des forces politiques et sociales, des partenaires et de l’ensemble des citoyens à faire de la question électorale une priorité nationale permanente et non un sujet circonstanciel. C’est dans cet esprit de responsabilité partagée, de dialogue et d’engagement républicain que nous comptons poursuivre ensemble la consolidation de notre démocratie. Je vous invite donc à être les gardiens du processus électoral et les artisans des réformes dont le pays a besoin", a plaidé le Président de la CENI Dénis Kadima Kazadi lors de son intervention.
Pour le successeur de Corneille Nangaa à la tête de cette institution d’appui à la démocratie, préparer les prochaines élections ne consiste pas uniquement à fixer une date des scrutins.
"Il s’agit, dès à présent, de réunir l’ensemble des conditions matérielles, financières, sécuritaires, technologiques et humaines nécessaires afin de permettre à la République de garantir, le moment venu, l’expression souveraine de chaque citoyenne et de chaque citoyen congolais. Cette responsabilité impose une anticipation rigoureuse ainsi qu’un engagement durable de l’ensemble des parties prenantes autour de plusieurs priorités stratégiques", a-t-il fait remarquer dans son intervention.
Face à ce tableau, Dénis Kadima Kazadi estime qu’il apparaît indispensable d’assurer un financement régulier, de veiller à ce que les réformes légales prioritaires interviennent dans les délais, et d’investir dans la modernisation technologique des opérations électorales ainsi que dans le renforcement de la cybersécurité.
Dans le même registre, Dénis Kadima Kazadi souligne également la nécessité de consolider les mécanismes de sécurisation du processus électoral et de protection du patrimoine de la CENI, mais aussi de préserver et capitaliser les acquis de chaque cycle électoral.
Cette interpellation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) intervient dans un contexte où la feuille de route de la CENI pour le cycle électoral 2025-2029 accuse un retard critique dans sa mise en œuvre. Près d’une année après sa publication, plusieurs activités préliminaires essentielles à la préparation des scrutins de 2028 demeurent non exécutées, principalement en raison de contraintes financières et du faible décaissement des fonds attendus du gouvernement de la République, dans un contexte marqué par l’aggravation de la crise sécuritaire et l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Si certains acteurs sociopolitiques du pays, notamment ceux du régime Tshisekedi, restent confiants face à la situation compte tenu du contexte sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, cette situation inquiète une partie de l’environnement sociopolitique congolais. Certains accusent le régime de Kinshasa de chercher à retarder les élections prévues en 2028 et, ce faisant, de tenter de se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel, mais aussi d’orchestrer en coulisse des manœuvres visant à modifier la Constitution afin de maintenir Félix Tshisekedi à la tête du pays au-delà de ses deux derniers mandats à la tête de la RDC.
En dépit de cette situation, les dirigeants de l’institution continuent d’afficher leur optimisme quant à l’exécution de cette feuille de route. Ils espèrent que le gouvernement finira par assumer pleinement sa responsabilité en dotant la CENI des moyens nécessaires à la préparation du prochain cycle électoral. À ce sujet, le deuxième vice-président de la CENI, Didi Manara, avait déclaré lors d’une activité organisée par l’Église du Christ au Congo (ECC) que le respect du délai constitutionnel, notamment la tenue des élections en 2028, restait possible à condition que le gouvernement joue pleinement son rôle.
Clément MUAMBA