L'examen du rapport de la Commission PAJ de l’Assemblée nationale, axé sur la proposition de loi portant sur le référendum initiée par un député national de la majorité parlementaire, a poussé l’opposition politique institutionnelle et non institutionnelle à dévoiler ses plans pour barrer la route à toute tentative de changement de la Constitution. Pour l’opposition, la démarche orchestrée par le régime Tshisekedi vise à obtenir un nouveau mandat, à la veille de son second et dernier mandat à la tête de la RDC.
Après leur départ de la plénière mercredi au Palais du Peuple, les élus de ’opposition se sont réunis et ont annoncé une journée morte mercredi 3 juin en signe de protestation contre cette démarche entamée à l’Assemblée nationale. Cette action de l’opposition est perçue comme un premier test sur le terrain dans un contexte où le régime Tshisekedi la qualifie de « faible et incapable » de mobiliser la population congolaise autour de sa cause et de son combat.
C’est ainsi que l’opposant Delly Sesanga, président du parti politique Envol, au ton ferme et résolument politique, a réaffirmé son opposition à toute tentative de remise en cause des limitations constitutionnelles des mandats présidentiels en République démocratique du Congo.
« Nous allons affronter ce pouvoir à main nue, pour le plaquer au sol parce que nul ne peut exercer plus de deux mandats comme Président de la République en République Démocratique du Congo », a prévenu Delly Sesanga.
Bien avant lui, Martin Fayulu, leader du parti ECiDé, a estimé que Félix Tshisekedi chercherait à opérer un « coup d’État constitutionnel ». Selon lui, Félix Tshisekedi et Paul Kagame seraient des « complices » dans un projet visant à balkaniser la RDC.
« Félix Tshisekedi a décidé de se rebeller contre le pays et contre la constitution en cherchant à faire un Coup d'État constitutionnel, nos députés ont quitté la plénière pour s'opposer à l'adoption de la proposition de loi sur le référendum, pour que ça ne passe pas, c'est notre affaire désormais comme population, ce n'est plus une question des députés ni des sénateurs. Félix Tshisekedi est en train de mentir les gens, lui et Paul Kagame ont convenu de la Balkanisation du pays parce que ce qui vient de se passer au Palais du Peuple c'est pour Balkaniser le pays », a déclaré Martin Fayulu promettant la publication de manière évolutive des actions à mener sur le terrain.
Du côté de la majorité parlementaire, Aimé Boji Sangara, président de l’Assemblée nationale a estimé que chaque groupe politique demeure libre de participer ou non aux travaux parlementaires. Toutefois, il a défendu la nécessité de poursuivre l’examen de cette proposition de loi au nom du respect de la Constitution.
« L’objet du texte examiné aujourd’hui est de doter la République d’un cadre légal permettant à notre population, souverain primaire, de s’exprimer sur des questions importantes de la vie nationale. Si l’opposition ne veut pas que le peuple s’exprime, elle est libre de quitter la plénière mais nous, quant à nous, pensons que la Constitution, en prévoyant cette disposition, l’a fait précisément pour permettre au souverain primaire de s’exprimer sur les grandes questions nationales. C’est donc en toute sérénité que nous allons poursuivre nos travaux », a-t-il signifié.
L’Assemblée nationale avait déclaré recevable, jeudi 30 avril, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo. Présenté et défendu par son auteur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, le texte est envoyé à la commission Politique juridique et administrative (PAJ) pour un examen approfondi. Cette commission dispose de dix jours pour déposer le rapport de son travail. Cette proposition de loi a été déposée le 14 décembre 2024 par le député Paul-Gaspard Ngondankoy. À travers ce texte, son auteur entend combler un vide juridique et adapter le cadre légal du référendum aux exigences de la Constitution en vigueur.
L’opposition voit derrière cette initiative une manœuvre du régime de Félix Tshisekedi visant à modifier la Constitution afin d’obtenir un troisième mandat à la tête du pays. Le débat et la dualité autour de la réforme constitutionnelle ont donné naissance à deux dynamiques politiques distinctes : d’un côté, la coalition C64, opposée à tout changement de la Constitution ; de l’autre, la coalition C4, favorable à une révision du texte fondamental. Ces deux blocs entendent chacun mener un combat politique pour imposer ce qu’ils considèrent comme la volonté du peuple congolais, dans un contexte de fortes tensions autour de l’avenir institutionnel du pays.
Clément MUAMBA