Assemblée nationale : le rapport annuel de la CENI déclaré recevable, Aimé Boji dit s’attendre à des recommandations pour rendre les élections plus crédibles en RDC

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Denis Kadima Kazadi

Déposé au bureau de l’Assemblée nationale en date du 10 avril 2026, le rapport annuel 2025 de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été déclaré recevable par les députés nationaux après sa présentation par son président, Denis Kadima Kazadi, accompagné des membres du bureau, lors de la plénière tenue  mercredi 27 mai 2026 au Palais du Peuple à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

Ce rapport de l’institution chargée d’organiser les élections en République démocratique du Congo est envoyé pour examen approfondi à la commission politique, administrative et juridique, selon Aimé Boji Sangara, président de l’Assemblée nationale, conformément à l’alinéa 2 de l’article 225 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. L’élu de Walungu, dans la province du Sud-Kivu, dit s’attendre à des recommandations "utiles" qui permettraient de rendre les élections plus crédibles en RDC.

"Les membres du bureau de la Commission électorale nationale indépendante sont invités à prendre part à toutes les réunions de cette commission. Chers collègues, Je pense que notre auguste plénière ne s’est pas trompée en optant pour l’examen de ce rapport qui nous a aidés à comprendre qu’il est important non seulement de réfléchir sur la réforme de la loi qui organise les élections dans notre pays, mais aussi sur les améliorations à apporter à la CENI pour la rendre plus efficace dans l’organisation des élections. Cette discussion devrait se poursuivre en commission avec des recommandations très utiles qui permettraient à ce que les élections puissent devenir plus crédibles et à la satisfaction de nous tous, les élus, ainsi que de la population qui est le souverain primaire", a déclaré le président de l'Assemblée nationale Aimé Boji Sangara.

Bien plus qu’une simple formalité administrative, a rappelé Denis Kadima, président de la CENI lors de son exposé, cet exercice devant les parlementaires constitue un moment de recevabilité, de transparence institutionnelle et d’évaluation collective du processus démocratique. Il a structuré son intervention en deux parties : dans la première, il a abordé cinq volets, et dans la seconde, il a présenté les perspectives du processus électoral devant conduire aux élections de 2028, ainsi que les contraintes qui en freinent l’élan.

D’entrée de jeu, il a précisé que le rapport fait état de la poursuite des opérations électorales du cycle 2022-2027, avec l’organisation des élections indirectes des sénateurs, des gouverneurs et vice-gouverneurs au Kwilu et au Nord-Ubangi. Ces scrutins avaient été reportés en raison de l’annulation des législatives à Masi-Manimba et à Yakoma.

Ces consultations se sont déroulées en toute transparence et sans incident majeur, a reconnu Denis Kadima en soulignant qu'elles ont permis de restaurer la continuité institutionnelle dans ces provinces en vue de finaliser une étape importante du processus électoral. Dans la poursuite du cycle électoral, la CENI dit avoir préparé les élections des conseillers urbains, des bourgmestres et leurs adjoints ainsi que des maires et maires adjoints.

Faute de financement, ces scrutins n'ont pas pu se tenir malgré l'enregistrement des candidatures et la publication du calendrier. À l'en croire, une situation qui ne résulte ni d'une mauvaise planification ni d'une inaction de l'institution mais d'une contrainte budgétaire qui conditionne la réussite des opérations électorales à la disponibilité effective des ressources nécessaires.

La deuxième partie a mis en lumière le renforcement des relations entre la CENI, les institutions nationales et les partenaires internationaux. A preuve, la transmission officielle à l'Office national de l'identification de la popularité (ONIP) le 19 février 2026. Une contribution à la modernisation administrative en RDC.

A l'international, la Centrale électorale a maintenu une coopération active marquée notamment avec la création du Réseau des organes de gestion électorale d'Afrique centrale à Bujumbura (Burundi) dont la RDC a été élue à l'unanimité à la présidence.

La troisième partie du rapport est relative aux perspectives de réformes électorales. La CENI dit avoir procéder à une évaluation approfondie de la loi relative à l'identification et à l'enrôlement des électeurs ainsi que de la loi électorale.

Pour une prise de conscience collective

Le Président de la CENI a révélé que son institution a engagé des réformes fondées sur l'évaluation "rigoureuse" des scrutins passés en vue de renforcer le cadre légal, la représentativité, à simplifier les procédures et à intégrer les innovations technologiques (dépôt électronique des candidatures concomitamment au dépôt manuel).

Ces ambitions pourront, comme l'a souligné Dénis Kadima Kazadi, se concrétiser sans une prise de conscience collective de l'ampleur des défis auxquels l'institution fait face. Au-delà de ces multiples contraintes, il existe, a-t-il affirmé, bien une réalité souvent méconnue : celle d'une institution appelée à organiser des élections sur un territoire-continent, dans des conditions logistiques, sécuritaires et financières parmi les complexes au monde mais aussi dans des délais particulièrement contraignants.

Redéfinir les élections parmi les priorités et appel à la responsabilité collective

Poursuivant son intervention, Dénis Kadima a indiqué que le rapport 2025–2026 met en lumière une institution engagée dans la modernisation électorale, mais confrontée à des défis structurels majeurs. La réussite des élections de 2028 dépendra de la capacité des institutions, des forces politiques et sociales, des partenaires et des citoyens à faire de la question électorale une priorité nationale permanente.

"C'est dans cet esprit de responsabilité partagée, de dialogue et d'engagement républicain que nous comptons poursuivre ensemble la consolidation de notre démocratie. Je vous invite donc à être les gardiens du processus électoral et les artisans des réformes dont le pays a besoin", a insisté le Président de la CENI.

Plaidoyer pour la mise à disposition à temps des moyens à la CENI

Lors du débat général autour de ce rapport, les différents intervenants ont encouragé la CENI à persévérer dans cet élan, saluant la détermination de ses forces vives tout en plaidant pour la mise à disposition, en temps voulu, des ressources financières nécessaires afin d’assurer un rendement encore plus performant. Certains élus ont fustigé le comportement du gouvernement, estimant qu’il n’accorde une attention particulière à la CENI qu’en période électorale et, une fois les scrutins passés, la délaisse, ce qui entraîne des difficultés de fonctionnement, notamment des retards de paiement des agents et cadres de l’institution.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des dispositions de la loi organique n°13/012 du 19 avril 2013 portant organisation et fonctionnement de la CENI, telle que modifiée et complétée, notamment en son article 28, qui fait obligation à la CENI de transmettre périodiquement ses rapports d’activités aux institutions de la République, dont l’Assemblée nationale, dont elle est l’émanation. Elle s’inscrit également dans le cadre de l’exercice de redevabilité auquel est soumise la CENI, conformément aux principes de transparence et de bonne gouvernance.

Clément MUAMBA