Ebola: "s’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu, même brièvement", l’appel du DG de l’OMS aux parties en guerre dans l’Est de la RDC

ACTUALITE.CD

Les conflits liés à l’activisme des groupes armés locaux et étrangers ainsi que les opérations militaires opposant la rébellion de l’AFC/M23 aux forces gouvernementales sont à la base de la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC. C’est dans cette région déjà fragile que la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola Bundibugyo a frappé, accroissant davantage la vulnérabilité des populations.

Alors que les importants mouvements de population et la faiblesse du contrôle gouvernemental compliquent le traçage des contacts et les efforts de riposte, le risque de propagation de l’épidémie vers d’autres régions du pays ainsi que vers les pays voisins demeure élevé. À cela s’ajoute une grave crise humanitaire : plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. La malnutrition, les déplacements de populations et la fragilité des services de santé contribuent également à un risque élevé d’infection et de mortalité.

Avant de se rendre à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri et épicentre de l’épidémie meurtrière actuelle, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a adressé un message aux résidents de l’Ituri. Dans ce message, il a appelé les parties au conflit à observer un cessez-le-feu pour faciliter la lutte contre cette épidémie.

" C’est pourquoi, aujourd’hui, je lance un appel direct à toutes les parties en guerre dans cette région : s’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu. Même brièvement. Même juste assez pour laisser passer les agents de santé. Des gens meurent d’Ebola alors qu’ils n’ont pas à mourir. Des enfants sont malades. Des familles souffrent. Aucune cause, aucun conflit, aucun grief ne vaut la peine de condamner des innocents à mourir d’une maladie évitable. Un cessez-le-feu, même temporaire, sauverait des vies. Je vous en supplie, je vous en implore : donnez-nous l’espace pour aider les personnes qui en ont le plus besoin ", a plaidé le DG de l'OMS. 

Pour le patron de l’OMS, le travail de riposte ne peut être mené efficacement si ceux qui tentent d’aider sont empêchés d’agir ou mis en danger. Selon lui, les conflits armés et les déplacements de populations compliquent davantage la situation, notamment l’accès aux personnes nécessitant des soins ainsi que la protection des agents de santé.

" Je sais également que la situation sécuritaire dans certaines parties de cette région reste très difficile. Les conflits et les déplacements rendent tout plus difficile, y compris l’accès aux personnes qui ont besoin de soins et la protection des agents de santé. Je veux être honnête : c’est l’un de nos plus grands défis. Nous ne pouvons pas faire ce travail si ceux qui essaient d’aider en sont empêchés ou mis en danger. Nous travaillons étroitement avec tous les partenaires concernés pour nous assurer que la réponse peut atteindre chaque communauté qui en a besoin, et que personne n’est laissé pour compte en raison de l’endroit où il vit ou de ce qui se passe autour de lui ", a-t-il fait savoir dans son message. 

En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, avant de s’étendre, à ce jour, aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’OMS a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.

Malgré les difficultés majeures d’accès aux communautés touchées, les autorités sanitaires congolaises se montrent optimistes et affirment disposer d’une connaissance approfondie ainsi que d’une expérience avérée dans la lutte contre les épidémies d’Ebola, après avoir déjà géré 16 épidémies de la maladie à virus Ebola. Une mission gouvernementale est arrivée ce jour à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, en vue d’évaluer la situation et de renforcer la riposte sur le terrain.

Clément MUAMBA