Le Conseil national de cyberdéfense (CNC), service spécialisé rattaché à la Présidence de la République, a été requis par la Haute Cour militaire pour examiner les téléphones du lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de défense des FARDC, afin de rechercher des preuves liées à l’infraction de trahison retenue à sa charge par l’auditeur général des FARDC.
Ces téléphones, saisis il y a près de quatre ans par l’auditeur général, n’ont, à ce jour, livré aucun élément permettant de prouver les accusations de trahison visant cet officier général, en particulier celles relatives à une présumée connivence avec certains responsables de l’armée rwandaise, dont l’entourage du général James Kabarebe, haut dignitaire du régime de Paul Kagame.
Pour Me Parfait Kanyanga, responsable du collectif de la défense de Yav Philémon, la défense a accepté la démarche de la Haute Cour militaire par sagesse, dans l’objectif de faire avancer le dossier. Rappelant au premier président une affaire antérieure, Me Kanyanga l’invite à adopter la même attitude afin d’éliminer toutes les zones d’ombre et permettre l’éclatement de la vérité.
"Le ministère public peut se calmer. Nous sommes dans un procès pénal, et la défense a accédé à la démarche de la Haute Cour Militaire par sa sagesse, vous allez constaté que je n'ai même pas moi Maître Parfait déposer les mémoires où une note de plaidoirie par rapport à la question, en principe pour rendre cette ADD la décision la Défense allait aussi déposer une note de plaidoirie quant à ce, on ne l'a pas fait parce-que c'est une expression pour la défense de vous dire que étant entendu que vous êtes un juge pénal, vous jouez un rôle actif dans un procès pénal et vous avez cette l'attitude, nous avons déjà eu des expériences similaires avec vous, et même avec le rapporteur en 2004, où vous aviez insisté sur la nécessité de rechercher la vérité et d’éliminer toute zone d’ombre. La défense a bien compris votre position, et c’est pourquoi nous n’avons pas déposé de note de plaidoirie", a fait savoir Me Parfait Kanyanga lors de l'audience du vendredi 20 février 2026
Dans le même registre, Me Parfait Kanyanga a émis des réserves concernant la conservation des téléphones par le ministère public pendant près de quatre ans, craignant d’éventuelles manipulations. Selon l’auditeur général des FARDC, leur client, Philémon Yav Irung, aurait refusé de fournir le code de déverrouillage de ses téléphones, expliquant le blocage constaté jusqu’à ce jour. Ces allégations ont toutefois été rejetées par Me Kanyanga lors de son intervention aux côtés de ses collègues et de son client.
L’avocat a rappelé que, lors de la précédente audience, son client avait déjà tenté de communiquer ses codes sans succès, les appareils étant déjà bloqués à la suite de manipulations antérieures attribuées au ministère public il y a près de quatre ans.
Selon lui, le fait que l’affaire soit encore au stade de l’analyse des téléphones, après près de quatre ans de détention du prévenu et de ses appareils, démontre que le dossier qu’il considère dépourvu de preuves a été mal ficelé par l’auditeur général des FARDC d'où l'importance d'une contre-expertise.
"La Défense ne s'agite pas quant à ce, le problème avec le ministère public lorsqu'il dit que notre client devrait déposer où donner les codes d'acces aujourd'hui, quatre ans après, après avoir manipuler ces téléphones 4 ans entre ses mains et il y a maintenant le code PUK et on nous demande maintenant de réinitialiser le téléphone, il nous demande à nous aujourd'hui que nous puissions le faire mais pourquoi il a fixé ce dossier dans la précipitation? Il aurait dû, il a tous les moyens, il est officier du Ministère Public, il a tous les moyens de contraintes pour que notre client mette à sa disposition le code, aujourd'hui après avoir manipulé ça de gauche et à droite il revient maintenant aujourd'hui pour nous dire donnez nous le code mais il a mis le code ici par devant vous même le code, même le code qu'il a tenté d'insérer en plein audience n'a pas pu ouvrir les téléphones parce-qu'il y avait déjà d'autres manipulations qui en faite a bloqué le téléphone donc aujourd'hui qu'il s'apaise, il a trouvé satisfaction que le téléphone doit aller là où il voulait et aujourd'hui nous sommes d'avis mais nous allons aussi pour l'intérêt de la Défense procéder à la contre expertise", a fait savoir Me Parfait Kanyanga
Par ailleurs, Me Parfait Kanyanga a réaffirmé la détermination de la défense et sa volonté de tout mettre en œuvre pour prouver l’innocence de leur client, détenu depuis près de quatre ans.
"S'il faut même que Google vienne nous allons le faire, nous voulons avoir la vérité dans cette affaire mais ce qui nous étonne nous de la Défense 4 durant le ministère public, auditeur general garde ses téléphones et c'est aujourd'hui maintenant qu'on doit commencer à chercher à donner les codes, nous allons adhérer ou nous adhérons à cette démarche", a-t-il ajouté dans son argumentaire
Le lieutenant-général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe, officier supérieur de l’armée rwandaise et haut dignitaire du régime de Paul Kagame. Depuis 2020, Yav Irung Philémon avait été réaffecté dans l’est de la République démocratique du Congo, où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Cette zone stratégique du dispositif de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Le procès de Philémon Yav Irung intervient près de trois ans après son arrestation, survenue en septembre 2022. Depuis l’ouverture des audiences, la preuve matérielle du message évoqué par l’auditeur général comme fondement de l’infraction de trahison n’a, à ce jour, toujours pas été présentée devant la Haute Cour militaire.
Clément MUAMBA