Lualaba : une ONG locale appelle à la redevabilité et dénonce l’opacité dans la gestion publique

Hubert Tshisuaka Masoka
Hubert Tshisuaka Masoka, Coordonnateur de l'IRDH

L’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH Asbl), une ONG basée à Kolwezi, dans le Lualaba, monte au créneau. Dans un communiqué de ce lundi, l’organisation de défense des droits humains rejette catégoriquement la mise en place du Cadre de concertation entre élus du Lualaba, qu’elle considère comme une diversion politique sans impact réel sur la vie des populations.

Pour l’IBGDH, cette structure nouvellement annoncée n’apporte aucune réponse aux urgences auxquelles la province est confrontée. Pire, elle servirait avant tout, d'après cette ONG, de plateforme de positionnement politique, pendant que les citoyens continuent de vivre sans routes praticables, sans eau potable, sans électricité et sous la menace constante d’expulsions forcées et de l’insécurité.

Des priorités sociales reléguées au second plan

L’organisation fustige ce qu’elle qualifie de déconnexion totale entre les initiatives des élus et les réalités quotidiennes des habitants du Lualaba. Elle dénonce notamment l’absence d’actions concrètes face à des problèmes pourtant bien connus : routes de desserte agricole inexistantes, impraticabilité persistante de la RN39 reliant Kolwezi à Dilolo, déficit criant d’électricité, particulièrement à Kasaji, deuxième ville de la province, et pénurie chronique d’eau potable.

À ces difficultés s’ajoutent, selon l’IBGDH, des violations répétées des droits humains, des expulsions forcées dans les zones minières, une insécurité urbaine préoccupante, des arrestations arbitraires ainsi que l’absence de Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA) pour les creuseurs.

Gouvernance contestée et soupçons de conflits d’intérêts

Au-delà des urgences sociales, l’ONG dresse un tableau sévère de la gouvernance provinciale. Elle pointe des conflits d’intérêts récurrents, une concentration des marchés publics au profit de certaines entreprises et une opacité persistante dans la gestion des fonds. 

L’IBGDH cite notamment Emmanuel Construction, Muska Engineering et Malta Forest, régulièrement associées à des marchés publics. Elle déplore également la multiplication de chantiers abandonnés, à l’image des logements sociaux annoncés mais jamais achevés, de l’avenue Lumumba ou d’autres infrastructures dont les financements auraient pourtant été décaissés.

« Ce cadre de concertation ne repose sur aucune urgence sociale. Il s’apparente davantage à une mise en scène politique qu’à une réponse aux souffrances du peuple. Pendant que certains élus se livrent à des calculs de positionnement, les populations du Lualaba vivent sans eau, sans routes, sans électricité et dans la peur permanente », dénonce l’IBGDH.

L’IBGDH appelle à la redevabilité des élus. Face à cette situation, l’organisation estime que le temps n’est plus aux discours ni aux structures de façade. 

José Mukendi