Depuis la fin de la guerre froide, le monde semblait dominé par un ordre international fondé sur la coopération, le multilatéralisme et la suprématie des États-Unis. Cette période, d’heureuse mémoire, laissait penser que les rivalités entre grandes puissances appartenaient au passé.
Pourtant, depuis le début du XXIᵉ siècle, les tensions internationales se multiplient et révèlent un retour marqué des grandes puissances sur la scène mondiale. États-Unis, Chine, Russie ou encore puissances régionales qui ne se cachent plus d’affirmer de nouveau leurs intérêts stratégiques, politiques, économiques et militaires, souvent au détriment des règles internationales établies.
Selon notre humble analyse, la plus dangereuse, ce n'est pas la force de frappe des USA ou de la Russie qui peut plonger le monde dans un Chaos sans précédent, en cas d'une confrontation nucléaire, mais plutôt l'instauration de ce nouveau principe qui va devoir gouverner, désormais, les relations internationales.
À savoir : « la légitime défense préventive large ». Ce principe est utilisé aujourd'hui pour justifier tout acte d'agression et d'invasion systématique contre un autre État souverain, plus ou moins vulnérable.
La Russie, l'Israël, le Rwanda et les USA constituent, à ce jour, des cas les plus flagrants.
En février 2022, la Russie a envahi l'Ukraine pour 3 raisons officielles, à savoir la protection des populations russophones, la dénazification et enfin l'élargissement de l'OTAN vers l'Est ainsi que le rapprochement de l'Ukraine qui, selon Moscou, menacerait sa sécurité.
En juin 2025, Israël à son tour a mené des frappes aériennes contre des installations iraniennes, considérant cet acte comme une action préventive pour contrer ce qu'il considère comme une menace d'armement nucléaire iranien et des tirs de missiles soutenus par Téhéran.
À son tour, le Rwanda se dit envahir la RDC pour une raison fallacieuse de sa sécurité nationale, car selon lui, la RDC entretiendrait des groupes armés hostiles, notamment les FDLR.
Aujourd'hui, contre toute attente, les USA ont capturé et exfiltré le Président Vénézuélien Nicolas Maduro pour le narco-terrorisme, trafic de drogue et complot contre les États-Unis.
Et pourtant, la légitime défense limitativement acceptable en droit international, consiste à répondre proportionnellement à une agression armée, jusqu'à la réaction imminente du Conseil de Sécurité qui doit être préalablement saisie.
Décidément, ce que le droit international accepte, c'est une forme restreinte de la défense préventive comme étant un droit naturel de chaque État, et ce, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations Unies, sous certaines conditions, notamment le fait qu'elle s'applique qu'en réponse à une agression armée et l'action doit être proportionnelle à l'attaque subie.
Par contre, ce que le droit international rejeté, c'est la légitime défense préventive large, c'est-à-dire attaquer un État parce qu'il pourrait devenir dangereux plus tard ou intervenir sur des risques hypothétiques.
Malheureusement, c'est ce que vit le monde aujourd'hui. La dissuasion ne suffit plus pour les grandes puissances, il faut attaquer en premier et sans attendre. La Guerre est désormais justifiée à la moindre escarmouche.
Jusqu'à une période récente, le droit international était l'unique garantie de Paix, mais à ce jour, l'ordre mondial est quasiment rompu et les mécanismes de concertation des États présentent des limites substantielles. De ce qui précède, l'urgence s’impose de repenser et revisiter le système de l'ONU dans son ensemble ainsi que sa Charte, notamment dans l’encadrement des mécanismes d’utilisation du droit naturel de la légitime défense des États.
Me Jospin BONDJENGO, Expert en Droit du Commerce International