A la veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu annoncé sous l’égide de Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço, président de la République d’Angola, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Elles soulèvent des interrogations quant à la cohérence du processus et à la capacité de la médiation à s’imposer comme une autorité forte, impartiale, capable de définir et de faire respecter une ligne claire par toutes les parties concernées. C’est le prix de la paix voulue par tout notre peuple.
La première question concerne la base juridique et politique du mandat de l’Angola. De quelle instance ce mandat procède-t-il ? Est-il le fruit d’une décision formelle de l’Union africaine, d’une organisation régionale, ou d’un mécanisme ad hoc ? La nature, l’étendue et les limites de ce mandat doivent être clairement établies. Car la force d’une médiation repose avant tout sur la clarté de sa légitimité. Quel est le degré réel d’indépendance de la médiation angolaise vis-à-vis du gouvernement de Kinshasa ? Cette médiation agit-elle dans le strict cadre d’un mandat institutionnel clairement défini (par quelle instance ?), ou s’inscrit-elle dans une dynamique d’ententes politiques préalables entre chefs d’État ? La question mérite d’être posée, car toute médiation crédible repose sur une neutralité incontestable. A défaut de garanties quant à son autonomie, le processus pourrait être perçu de part et d’autre comme influencé, ce qui risquerait d’en affaiblir sa légitimité et de compromettre la confiance indispensable à sa réussite.
En revanche, dans l’hypothèse où le président angolais agirait sur la base d’un mandat issu d’un cadre ad hoc impliquant certaines parties prenantes directement concernées par le conflit, une telle configuration soulèverait des interrogations légitimes et risquerait d’éroder les garanties d’impartialité et d’équilibre indispensables à la réussite de la mission.
En tout état de cause, la question de l’impartialité constitue un autre enjeu central du futur dialogue entre congolais. La médiation doit être perçue comme pleinement indépendante et strictement équidistante des parties en conflit. Si elle s’inscrit dans un cadre où certaines parties exercent une influence directe ou indirecte sur son orientation, sa crédibilité s’en trouverait fragilisée, compromettant ainsi la confiance indispensable à l’instauration d’un dialogue sincère et à l’aboutissement d’une solution durable.
Dans le même ordre d’idées, le rôle du président du Conseil togolais, Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, officiellement désigné médiateur par l’Union africaine, appelle des clarifications indispensables. Comment son action s’articule-t-elle concrètement avec celle de la facilitation angolaise et du panel d’anciens chefs d’État engagés dans ce processus ? Existe-t-il une chaîne de responsabilité clairement établie, ainsi qu’un mécanisme formel de coordination garantissant l’unité et la cohérence de l’action diplomatique ? En l’absence d’une architecture institutionnelle clairement définie et cohérente, la multiplication des initiatives et des canaux d’intervention pourrait compromettre la convergence des efforts, entretenir des zones d’incertitude et, à terme, fragiliser la crédibilité ainsi que l’efficacité de la médiation africaine. Une clarification des rôles et des responsabilités apparaît, à cet égard, indispensable pour préserver l’autorité et la cohérence du processus.
Par ailleurs, des interrogations légitimes subsistent quant au devenir du processus de Doha, qui avait engagé plusieurs acteurs dans une dynamique structurée de dialogue. Ce processus a-t-il été formellement clôturé, suspendu ou demeure-t-il en vigueur ? Dans l’hypothèse où il conserve une validité politique, quels en sont les acquis concrets et de quelle manière ceux-ci sont-ils pris en compte, le cas échéant, dans le cadre de la nouvelle dynamique de médiation ? A maintes reprises, l’opinion publique a vu le gouvernement congolais et le groupe AFC/M23 se rencontrer dans le cadre du processus de Doha, donnant lieu à la signature d’accords, de déclarations de principe, ainsi qu’à la mise en place de mécanismes de suivi et de surveillance du cessez-le-feu. Les deux parties ont également co-signé des communiqués officiels saluant les avancées enregistrées et se félicitant des efforts de facilitation entrepris par le gouvernement qatari.
Dès lors, à moins de vingt-quatre heures de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu annoncé sous une nouvelle médiation, une question essentielle se pose : quel est aujourd’hui le statut de ce processus ? At-il été suspendu, relégué au second plan ou demeure-t-il un cadre de référence pour la poursuite des efforts de paix ? Cette clarification apparaît indispensable pour garantir la cohérence des initiatives en cours et préserver la crédibilité des engagements déjà souscrits.
Au-delà de ces considérations institutionnelles, des questions pratiques tout aussi déterminantes demeurent en suspens. Les modalités de participation des différents acteurs, en particulier ceux confrontés à des contraintes juridiques, administratives ou sécuritaires, doivent être clairement établies. La liberté de mouvement, la sécurité des participants et les garanties indispensables à la tenue d’un dialogue sincère, inclusif et équilibré constituent des préalables essentiels à la crédibilité du processus.
Dans ce contexte, une clarification s’impose de la part de la médiation angolaise : ces garanties serontelles établies en amont, afin de créer un climat de confiance propice à l’ouverture des discussions, ou seront-elles progressivement mises en œuvre dans le cadre du processus de Luanda ? La réponse à cette question revêt une importance stratégique, car elle conditionne la confiance des parties prenantes et, par conséquent, la crédibilité et les chances de succès du dialogue envisagé.
Enfin, la décision du président Tshisekedi de ne pas associer la CENCO et l’ECC à ces assises suscite des interrogations légitimes quant à l’équilibre et au caractère réellement inclusif du processus engagé. En raison de leur autorité morale et de leur implication reconnue dans les précédentes dynamiques de médiation, ces deux institutions occupent une place significative dans le paysage national et dans la recherche de solutions consensuelles. Il convient de rappeler au président Tshisekedi que lui-même a été, dans un passé récent, l’un des bénéficiaires directs de l’engagement et de l’autorité morale de ces institutions, à un moment charnière de la vie politique nationale, marqué par la disparition de son père. Leur implication avait alors été déterminante pour préserver un cadre de dialogue, accompagner la transition et soutenir la dynamique politique qui portait sa candidature au poste de Premier ministre au nom du Rassemblement de l’opposition. Ce précédent confère aujourd’hui à leur potentielle exclusion une portée particulière, qui ne peut manquer de soulever des interrogations légitimes.
Dans tous les cas, il appartient à la médiation d’assumer pleinement sa responsabilité afin de garantir un cadre de dialogue ouvert, équilibré et représentatif. Un processus inclusif ne peut durablement se construire dans l’exclusion ou la marginalisation de certaines forces vives de la nation, sans risquer d’en affaiblir la légitimité et d’en compromettre les perspectives de succès.
L’Angola, en assumant ce rôle, porte une responsabilité historique. Il lui appartient de dissiper toute ambiguïté, d’affirmer son indépendance et de garantir un processus crédible, transparent et équitable.
Mardi, 17 février 2026
Lubaya Claudel André