Effondrement de la mine de coltan de Rubaya : Kinshasa dénonce la faillite manifeste des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité

Mines de Rubaya
Mines de Rubaya

Au moins 226 personnes sont mortes dans un effondrement survenu à la mine de coltan de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. L’information a été confirmée à ACTUALITÉ.CD par Kambere Muyisa Lumumba, porte-parole du gouverneur de la province du Nord-Kivu nommé par la rébellion de l’AFC/M23. Parmi les victimes se trouvent des mineurs artisanaux, des enfants et des commerçantes.

Plusieurs personnes ont été secourues de justesse, certaines grièvement blessées, et reçoivent actuellement des soins dans des structures sanitaires locales. En réaction à cet incident tragique, le gouvernement dénonce la poursuite de l’exploitation sauvage et illégale des minerais par le Rwanda et la rébellion de l’AFC/M23, soulignant les failles dans les mécanismes de certification régionaux, notamment au niveau de la CIRGL.

D’après le ministère de la Communication et des Médias, qui a émis ce communiqué, cette exploitation alimente directement une économie de guerre. Selon Kinshasa, cette réalité se reflète dans les anomalies statistiques constatées au niveau régional, notamment l’augmentation de plus de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, sans rapport avec ses réserves naturelles connues, révélant ainsi des mécanismes de blanchiment de minerais congolais issus de zones sous occupation armée.

"Le Gouvernement constate en outre la faillite manifeste des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité, notamment les dispositifs ITRI/ITA ainsi que les mécanismes de certification de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), qui n’ont pas permis d’empêcher l’écoulement et la certification frauduleuse de minerais provenant de sites classés au statut « rouge ». Le Gouvernement dénonce également l’imprudence des acheteurs finaux et des acteurs économiques internationaux qui continuent de s’approvisionner auprès du Rwanda en minerais issus de Rubaya, en dépit du classement officiel de ces sites et des alertes répétées des autorités Congolaises, contribuant ainsi indirectement au financement des groupes armés et à l’exploitation violente des creuseurs artisanaux", dénonce le gouvernement dans un communiqué rendu public samedi 31 janvier 2026. 

Pour le Gouvernement de la République démocratique du Congo, ces actes sont prohibés, notamment par l’article 47 du Règlement annexé à la Convention de La Haye de 1907 et l’article 33 de la Quatrième Convention de Genève de 1949, qui interdisent formellement le pillage. Ils constituent également des crimes de guerre au sens de l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, relatif au pillage et aux atteintes graves portées aux civils en situation de conflit armé. Ils violent enfin les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment les résolutions 1952 (2010), 2293 (2016) et 2773 (2025), qui condamnent l’exploitation illégale des ressources naturelles et établissent son lien direct avec le financement des groupes armés opérant en République démocratique du Congo.

Selon le communiqué émis depuis Kinshasa, le Gouvernement de la RDC s’engage à poursuivre la documentation de ces faits et à consolider les démarches appropriées devant les mécanismes juridictionnels compétents afin que les responsabilités soient pleinement établies. Il réaffirme sa détermination à rétablir l’autorité de l’État et à mettre fin à toute exploitation illégale des ressources naturelles.

Tout en réaffirmant son engagement en faveur d’une paix durable, notamment à travers les accords de Washington et le processus de Doha, le gouvernement souligne que cet engagement ne saurait en aucun cas justifier l’impunité ni occulter les crimes et violations graves commis sur le territoire national. Le gouvernement appelle enfin la communauté internationale à prendre pleinement la mesure de ce drame, conséquence directe d’une occupation armée et d’un système organisé de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles de la République démocratique du Congo.

L’effondrement est survenu en pleine saison des pluies, période durant laquelle le sol devient particulièrement fragile. La terre a cédé alors que les victimes se trouvaient à l’intérieur des puits d’extraction.

Sur instruction du gouverneur de la province du Nord-Kivu sous administration de l’AFC/M23, Bahati Musanga Erasto, la mine de Rubaya a été temporairement fermée afin de permettre l’extraction de tous les corps ensevelis. Certains survivants, initialement pris en charge dans des structures médicales locales, ont été transférés à Goma pour la poursuite des soins.

Les opérations de secours se poursuivent dans des conditions difficiles. Des sources locales indiquent que le bilan réel pourrait être plus lourd. Les glissements de terrain sont fréquents dans les zones minières artisanales de l’est de la République démocratique du Congo, en raison des fouilles non réglementées et de l’absence d’infrastructures de sécurité.

Clément MUAMBA