Gouvernance sous tension : quand le FRIVAO vacille (Épisode 2)

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SÉRIE – FRIVAO, LES ZONES D’OMBRE DES RÉPARATIONS

Audits, suspensions, blocage institutionnel : en 2024, le FRIVAO vacille. Le gouvernement reconnaît avoir frôlé l’effondrement du fonds, au point d’autoriser l’utilisation d’une partie de l’argent des victimes pour assurer son fonctionnement. Une décision lourde de conséquences, au cœur des tensions actuelles.

L’année 2024 marque un tournant pour le FRIVAO. Un audit de l’Inspection générale des finances est déclenché. Dans la foulée, le comité de gestion dirigé par Monseigneur François Mwarabu est suspendu. Des instructions judiciaires sont ouvertes. Officiellement, il s’agit de faire la lumière sur la gestion du fonds. En réalité, l’institution entre dans une zone de turbulences dont elle peine encore à sortir.

Un comité de gestion intérimaire est mis en place pour éviter l’arrêt total du mécanisme. Mais le mal est déjà profond. Le blocage institutionnel est tel que le gouvernement reconnaît, en Conseil des ministres, avoir frôlé « l’effondrement total » du fonds. Les salaires ne sont plus payés, les loyers s’accumulent, l’administration tourne au ralenti.

C’est dans ce contexte que l’exécutif prend une décision lourde de sens : autoriser l’utilisation d’une partie des fonds destinés aux victimes pour couvrir le fonctionnement courant du FRIVAO. Salaires, charges administratives, loyers. Une mesure présentée comme temporaire, mais qui soulève une question éthique centrale : jusqu’où peut-on puiser dans l’argent des réparations pour maintenir l’outil censé les distribuer ?

Parallèlement, la crise de gouvernance s’accompagne d’une bataille de récits. Anciennes et nouvelles équipes se renvoient la responsabilité des dysfonctionnements. Droits de réponse, communiqués et sorties médiatiques se multiplient. Le fonds, pensé comme un instrument de réparation, devient un espace de confrontation politique et institutionnelle.

Le Conseil des ministres acte alors une série de constats alarmants : pratiques de fraude, pressions politiques locales, confusion entre réparations judiciaires et attentes sociales générales. Plus inquiétant encore, l’explosion incontrôlée du nombre de victimes certifiées commence à poser problème. Car pendant que la gouvernance vacille, les listes de bénéficiaires s’allongent à une vitesse vertigineuse.


A retenir:

  1. 105,1 millions USD: Somme déjà reçue par le FRIVAO lorsque le comité de gestion est suspendu en 2024.
  2. 106 victimes indemnisées: Nombre de bénéficiaires à cette date.
  3. 108 960 USD versés: Montant total des indemnisations effectives au moment du blocage.
  4. Utilisation des fonds pour le fonctionnement: Salaires, loyers et charges administratives payés avec l’argent destiné aux victimes, situation reconnue en Conseil des ministres.

À suivre : Épisode 3 – Victimes, chiffres et soupçons : le FRIVAO face à l’épreuve de la transparence.