FRIVAO : l’argent des réparations, entre promesse historique et réalité administrative (Épisode 1)

Frivao
Frivao

SÉRIE – FRIVAO, LES ZONES D’OMBRE DES RÉPARATIONS

Créé pour indemniser les victimes congolaises des exactions commises par l’Ouganda, le FRIVAO devait incarner une réparation historique. Mais derrière les annonces officielles, les documents montrent une réalité plus complexe : montants réellement perçus, retenues de l’État et lenteurs administratives ont rapidement freiné la promesse initiale.

Quand la Cour internationale de Justice condamne l’Ouganda, le 9 février 2022, à verser 325 millions de dollars à la République démocratique du Congo, l’annonce est saluée comme une victoire diplomatique et judiciaire. Pour la première fois, un État est reconnu responsable de destructions massives, de pillages et de violences commises sur le sol congolais, et sommé de réparer.

C’est dans ce contexte qu’est créé le FRIVAO, le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes. Sa mission est claire : recevoir les fonds issus de la condamnation internationale et les redistribuer aux victimes concernées. Sur le papier, l’architecture est limpide. Dans la pratique, elle va rapidement se heurter à la réalité de l’administration congolaise.

Contrairement à une idée largement répandue, le FRIVAO ne gère pas l’intégralité des 325 millions de dollars. Les documents officiels montrent que chaque tranche versée par l’Ouganda est d’abord soumise à une retenue de 18 % par l’État congolais, avant que le solde ne soit transféré au fonds. Résultat : entre août 2023 et décembre 2024, le FRIVAO a effectivement perçu un peu plus de 154 millions de dollars, et non la totalité des sommes annoncées dans le débat public.

Cette distinction est centrale. Elle conditionne la capacité réelle du fonds à indemniser les victimes et éclaire les tensions apparues par la suite. Car avec des ressources amputées dès l’amont, le FRIVAO doit à la fois indemniser, se structurer, recruter, louer des locaux et fonctionner dans un environnement institutionnel instable.

Très vite, la promesse d’une réparation rapide se heurte aux lenteurs administratives. À la fin de l’année 2024, malgré plus de 100 millions de dollars déjà reçus, seules un peu plus d’une centaine de victimes avaient effectivement été indemnisées. Un chiffre dérisoire au regard des attentes suscitées par la décision de La Haye.

C’est le début d’un malaise profond, qui va conduire à une remise en cause de la gouvernance même du fonds.

A retenir

325 millions USD: Montant total des réparations dues par l’Ouganda à la RDC (arrêt de la CIJ, 9 février 2022).

5 versements annuels: Soit 65 millions USD par an, entre 2022 et 2026.

18 % prélevés par l’État: Part retenue systématiquement par l’État congolais sur chaque tranche avant transfert au FRIVAO.

154,7 millions USD: Montant effectivement reversé au FRIVAO entre août 2023 et décembre 2024.

À suivre : Épisode 2 – Gouvernance sous tension : audits, suspensions et luttes internes au sommet du FRIVAO.