Crise de transport à Kinshasa : Bénédicte Banzila, militante des droits des femmes alerte sur les conséquences sociales

Bénédicte Banzila
Bénédicte Banzila

La ville de Kinshasa a connu dès le lundi 26 janvier, une perturbation du transport urbain, marquée par la rareté des bus et taxis-bus sur les principales artères. Cette situation fait suite au lancement par les autorités provinciales d’une opération de contrôle routier renforcé visant les conducteurs et les véhicules de transport en commun. Si l’objectif affiché est l’assainissement du secteur et l’amélioration de la sécurité routière, les conséquences sociales ont été immédiates pour les usagers.

Dans ce contexte, le DeskFemme s’est entretenu avec Bénédicte Banzila, militante des droits des femmes et secrétaire de l’ONG Femmes de valeur. Elle revient sur les événements et leurs implications pour les droits des citoyens.

Madame Banzila, comment analysez-vous ce qui s’est passé dans le secteur du transport à Kinshasa ?

Bénédicte Banzila: Ce que nous avons observé relève avant tout d’une crise sociale. La quasi-absence des transports en commun a fortement impacté la population, en particulier les travailleurs, les élèves et les personnes à faibles revenus. Beaucoup ont été contraints de parcourir de longues distances à pied ou de payer des tarifs excessifs pour pouvoir se déplacer. Cela montre que les mesures prises n’ont pas suffisamment pris en compte la réalité quotidienne des usagers.

Les autorités justifient ces contrôles par la nécessité d’améliorer la sécurité routière. Que répondez-vous à cet argument ?

Bénédicte Banzila : L’amélioration de la sécurité routière est un objectif légitime et nécessaire. Toutefois, la manière dont ces contrôles ont été appliqués pose problème. Une politique publique, même justifiée, doit être mise en œuvre de façon progressive et humaine. Lorsqu’elle entraîne une paralysie presque totale du transport, elle porte atteinte au droit à la mobilité, qui conditionne l’accès au travail, à l’éducation et aux soins de santé.

Quelles ont été, selon vous, les principales conséquences pour les droits humains ?

Bénédicte Banzila: La conséquence principale est la restriction de l’exercice des droits économiques et sociaux. L’absence de transport empêche les citoyens d’honorer leurs obligations professionnelles ou scolaires et aggrave la précarité. De plus, la spéculation sur les prix du transport observée a accentué les inégalités entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas.

Quelles recommandations adressez-vous aux autorités provinciales ?

Bénédicte Banzila : Nous recommandons l’ouverture d’un dialogue avec les associations de chauffeurs, les représentants des usagers et la société civile. Il est essentiel de prévoir une période de transition, d’accompagner les conducteurs dans la régularisation de leurs documents et de mettre en place des mesures alternatives pour éviter la pénalisation collective de la population. La régulation du secteur doit se faire dans le respect des droits fondamentaux.

Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens de Kinshasa ?

Bénédicte Banzila : J’invite les citoyens à rester vigilants et à faire entendre leur voix de manière pacifique. Le droit à la mobilité est un droit essentiel, et sa protection nécessite une action collective et un dialogue constant entre les autorités et la population.

Propos recueillis par Nancy Clémence Tshimueneka