Kamwina Nsapu: six ans après, les victimes toujours abandonnées et des questionnements s’imposent notamment autour de la commission vérité, réconciliation créée
Jeudi 11 août 2022 - 15:18
Des centaines de miliciens Kamuina Nsapu ont rendu les armes aux autorités à Kananga après l'investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République.

Le 12 août 2016 dans le territoire de Dibaya au village Kamwina Nsapu était assassiné le chef coutumier des Bajila Kasanga, Jean Pierre Pandi dit Kamwina Nsapu, le titre que portent les détenteurs du pouvoir coutumier chez les Bajila Kasanga. Cet assassinat plongait l'espace Grand Kasaï dans un cycle des violences jamais connu dans cette partie de la république.

Ce jeudi 12 août 2022, soit six ans jour pour jour après cette élimination physique du chef coutumier Kamwina Nsapu, la société congolaise pour l'État de droit (SCED) active dans l'espace Grand Kasaï rend public un communiqué dans lequel elle relève beaucoup de zones d'ombre qui entourent ce drame. 

Du point de vue de la vérité, cette organisation “s'interroge sur le droit des congolais de connaître la vérité sur cette nébuleuse”. 

“Malheureusement, six ans après et près d'une année depuis la mise en place de la commission provinciale vérité, justice et réconciliation, la vérité n'a toujours pas éclaté au grand jour”, lit-on dans ce communiqué signé par l'ancien bâtonnier du Kasaï Central et responsable de SCED Me Dominique Kambala. Il jette un bémol sur l'opérationnalisation de la commission vérité, justice et réconciliation censée panser les plaies après le drame.

“Les résultats du test de recrutement des candidats commissaires (devant siéger à la CVR) n'ont jamais été publiés de manière transparente. La liste des candidats sélectionnés peine à être publiée et entérinée. Les populations sont privées du droit à l'information sur les raisons de ce retard préjudiciable à leur droit inaliénable de connaître la vérité".

Quant à la lutte contre l'impunité des crimes graves commis au Kasaï, la SCED s'interroge sur  le retard pris par la réponse judiciaire dans les dossiers emblématiques des massacres dont les enquêtes ont été bouclées :

"Pourquoi les dossiers emblématiques et prioritaires dont notamment Nganza, Mulombodi, Tshisuku transmis à l'auditeur général des Fardc en 2019 traînent à être renvoyés devant les juridictions congolaises compétentes ? Pourquoi les bourreaux, que ce soit du côté des miliciens et dans les rangs des officiers supérieurs de la PNC et des Fardc hument l'air de la liberté et se moquent de la justice ?"

Enfin la SCED dit craindre que des éléments de la milice Kamwina Nsapu qui se sont rendus à la suite de l'avènement de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême en 2019 et aujourd'hui abandonnés sans programme de réinsertion puissent être instrumentalisés par les opérateurs politiques lors des élections en vue de 2023.

Dans le camp des victimes, personne ne se fait d'illusions sur la capacité de la justice congolaise à juger les auteurs des crimes graves au Kasaï. Pour Myrhant Mulumba, président de l'association des victimes du Grand Kasaï, le seul espoir reste la CPI:

"Nous avons déjà saisi la CPI en vertu de l'article 15 des statuts de Rome. Nous attendons de cette juridiction internationale indépendante la justice et la réparation. La justice congolaise a montré ses limites", explique-t-il à ACTUALITE.CD

Un autre son de cloche sonne dans les rangs de l'armée. Sous le couvert de l'anonymat, un officier militaire dit ne pas comprendre le mécanisme mis en place pour rendre justice dans le drame du Kasaï :

"On ne parle que des civils tués mais pas des militaires et des politiciens qui ont péri et dont les familles sont abandonnées. Rappelez-vous que 39 policiers ont été décapités dans la localité de Malenga près de la mission catholique de Kamwesha (Tshikapa) en mars 2017. Que fait-on de leur sort et celui de leurs familles" s'interroge l'officier qui réclame aussi justice pour les membres des forces de défense et de sécurité tués.

L'insurrection de Kamwina Nsapu qui avait secoué l'espace Grand Kasaï avait occasionné une grave crise humanitaire et des violations des droits de l'homme à grande échelle. Deux experts de l'ONU qui enquêtaient sur cette crise ont été tués et de nombreuses populations se sont déplacées vers l'Angola voisin. Aujourd'hui, la paix est revenue dans la région. Le procès du meurtre de deux experts de l'ONU s'est terminé avec la condamnation de 54 personnes dont un colonel des FARDC mais toutes les parties sont allés en appel. Les populations réfugiées en Angola commencent à retourner au Kasaï mais la malnutrition gagne le terrain.

Sosthène Kambidi

 

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