Dans un contexte marqué par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23 et par d’autres crises multiformes, un nouveau front a vu le jour vendredi 20 février 2026 à Kinshasa, dans le paysage sociopolitique congolais. Il s’agit du Front de Lutte contre les Arrestations Abusives et Arbitraires (FLAAR). Cette nouvelle structure est composée de membres de la société civile, de juristes, d’artistes, d’avocats, d’acteurs politiques ainsi que de citoyens engagés.
Les initiateurs du FLAAR justifient sa création par la recrudescence des arrestations abusives et arbitraires qui, selon eux, ne constituent plus des faits isolés mais tendent à devenir des méthodes. De nombreux citoyens sont interpellés en dehors de toute procédure régulière, détenus dans des conditions indignes, parfois dans des cachots clandestins. Certains subiraient également des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Pourtant, rappellent-ils, l’article 18 de la Constitution de la République démocratique du Congo dispose que toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son arrestation et de toute accusation portée contre elle, dans une langue qu’elle comprend, ainsi que de ses droits. La personne gardée à vue a également le droit d’entrer immédiatement en contact avec sa famille ou avec son conseil.
À l’occasion de cette sortie officielle, le Front de Lutte contre les Arrestations Abusives et Arbitraires s’est assigné plusieurs missions, notamment : dénoncer publiquement toute arrestation arbitraire ; assurer une assistance juridique aux victimes ; documenter les violations des droits fondamentaux ; mobiliser l’opinion nationale et internationale ; défendre sans relâche la dignité humaine ; et saisir, le cas échéant, les instances judiciaires internationales afin de rétablir la justice.
"La République démocratique du Congo, terre du combat pour la liberté incarnée par Patrice Lumumba, ne saurait être assimilée à un espace de peur et de silence. Notre nation a une essence démocratique qui ne peut être confisquée par qui que ce soit. Notre démarche n’est ni insurrectionnelle ni partisane. Elle est républicaine, légale et morale. Nous ne combattons pas des individus ; nous combattons des pratiques. Nous combattons un système qui s’est installé. Nous ne cherchons pas le chaos.Nous exigeons l’État de droit. Nous ne semons pas la division. Nous protégeons la dignité humaine", disent-ils dans la Déclaration lue par le député national honoraire Ados Ndombasi.
Pour eux, décrier la gestion de la chose publique, dénoncer des bavures ou exprimer un désaccord politique relèvent de droits fondamentaux, et non d’infractions. La liberté d’expression, soulignent-ils, n’est pas une faveur accordée par le pouvoir de M. Tshisekedi, mais un droit inhérent à chaque citoyen. Le FLAAR se veut ainsi un rempart contre l’arbitraire et un instrument de vigilance démocratique. Car, préviennent-ils, lorsqu’un citoyen est réduit au silence par la peur, c’est toute la République qui vacille.
À ce jour, le FLAAR dénonce plusieurs cas d’arrestations arbitraires et abusives qui suscitent une vive inquiétude. Parmi eux, celui de Parole Camisello, enlevé le 6 décembre 2025 sur le site de l’Université Pédagogique Nationale (UPN) puis conduit au cachot du Conseil national de cyberdéfense (CNC). Selon le FLAAR, il aurait subi des tortures et des humiliations, avant d’apparaître malgré lui dans une vidéo dégradante et contraignante, montrant des signes évidents de traumatisme, dans laquelle il présentait des excuses au Président de la République. Il a finalement été présenté au parquet de grande instance de Kinshasa-Gombe le 26 décembre 2025, soit seize jours après son enlèvement, et pourrait être transféré à la prison de Makala.
Le deuxième cas préoccupant mentionné par le FLAAR est celui de Nathanaël Onokomba, enlevé le 5 janvier 2026 à l’issue d’une conférence qu’il animait, avant d’être conduit, civil de son état, à la prison militaire de Ndolo. Il aurait également été soumis à des tortures et humiliations dans des cachots clandestins du CNC. À ce jour, leur situation dans ces lieux de détention demeure déplorable, selon les organisateurs.
"Le régime en place n’a qu’un seul objectif : mater toutes les voix qui dénoncent les bavures, la mauvaise gestion et la dérive dictatoriale. Taire la voix de la jeunesse face à l’injustice dont elle est victime. Aujourd’hui, le CNC s’érige en bourreau des opposants politiques et des voix qui osent dire tout haut : « Stop, ça suffit. » En ce jour de lancement, nous appelons les forces vives de la nation à rejoindre ce combat pacifique, légal et nécessaire. Défendre la liberté n’est pas un acte d’opposition ; c’est un acte de responsabilité", ont-ils souligné dans leur déclaration.
Ce nouveau front voit le jour dans un contexte où plusieurs opposants font face à des arrestations menées par certains services étatiques. Créé par ordonnance présidentielle en 2023 et rattaché à la Présidence de la République en tant que service spécialisé, le Conseil National de Cyberdéfense (CNC), dirigé par Jean-Claude Bukasa, est depuis quelque temps sous le feu des projecteurs dans l’environnement sociopolitique congolais.
Ces interpellations et arrestations concernent notamment des officiers supérieurs et généraux des Forces armées de la RDC, des acteurs sociopolitiques ainsi qu’un nombre important d’opposants et d’autres personnalités. Dans ce contexte d’activisme, marqué par la guerre d’agression rwandaise menée via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est du pays, un nom revient régulièrement et est considéré par certains observateurs comme la "femme-orchestre" derrière ces arrestations. Il s’agit de Lisette Kabanga Tshibwabwa, haut cadre du CNC et proche collaboratrice de Jean-Claude Bukasa, tous deux dépendant directement du chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Si des officiers généraux des FARDC ont été envoyés à la prison militaire de Ndolo en attendant la fixation de leurs dossiers devant les instances compétentes pour le début de leurs procès, d’autres opposants, tels qu’Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, selon plusieurs témoignages, sont également tombés dans le filet du CNC. À ce jour, ces derniers ne sont toujours pas libérés et restent dans l’incertitude quant à leur situation, ce qui suscite l’exigence continue de leur formation politique pour leur remise en liberté.
Clément MUAMBA