Le gouvernement, à travers le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, a procédé jeudi 19 février 2026 à l'hôtel Sultani à Kinshasa à la présentation officielle et à la vulgarisation du Plan d’action quinquennal (PAQVS 2025-2029) de la Police nationale congolaise (PNC) de lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits en République démocratique du Congo. Cette activité, organisée avec l’appui et l’accompagnement du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, s’est tenue sous le thème : « Tous ensemble pour mettre fin aux violences sexuelles et basées sur le genre commises par les policiers en RDC ».
Ce Plan d’action quinquennal, présenté en présence de plusieurs responsables de la Police nationale congolaise et cadres des Nations Unies, vise à prévenir, réprimer et protéger. Il ambitionne, en d’autres termes, d’éradiquer, ou à défaut de réduire sensiblement, les violences sexuelles commises par les agents de la PNC, tout en formulant une réponse efficace et effective aux violences sexuelles dans le pays, notamment à travers la lutte contre l’impunité et la protection des victimes et des témoins.
Pour Eugénie Tshiela Kamba, vice-ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, ce plan n’est pas « un document de plus », mais plutôt un outil de gouvernance, un instrument de réforme et un cadre de redevabilité. Il traduit concrètement les engagements internationaux de la République démocratique du Congo, notamment ceux issus du Communiqué conjoint RDC–Nations unies du 30 mars 2013 et des engagements complémentaires pris en 2019, que le gouvernement affirme assumer pleinement.
"Ce plan repose sur une approche claire, structurée et sans ambiguïté : Prévenir, Réprimer, Protéger. Prévenir : en transformant la culture institutionnelle de la Police nationale congolaise par la formation, la discipline, l’éthique et l’intégration effective de l’approche genre et droits humains; Réprimer : en appliquant strictement la loi, sans complaisance, sans corporatisme, sans impunité, à l’égard de tout agent reconnu coupable de violences sexuelles; Protéger : en plaçant la victime au centre de l’action policière, en garantissant sa sécurité, sa dignité et son accès à la justice. À travers ce plan, le gouvernement affirme clairement que l’uniforme ne protège pas le crime et que l’autorité ne justifie jamais l’abus", a déclaré Eugénie Tshiela Kamba, vice-ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières
S’adressant directement aux commandants et aux agents de la Police nationale congolaise, la membre du gouvernement Suminwa a précisé que la lutte contre les violences sexuelles constitue désormais un critère d’évaluation du commandement, un indicateur de professionnalisme et un test de loyauté envers la République. Selon elle, chaque commandant est responsable de ce qui se passe au sein de son unité, et tout manquement entraînera des conséquences : chaque acte criminel sera sanctionné.
"La mise en œuvre effective de ce plan nécessite l’engagement de tous. Je salue ici les rôles essentiels de nos partenaires techniques et financiers, des agences du système des Nations Unies ainsi que de la société civile, dont l’accompagnement demeure indispensable à la réussite de cette réforme structurante. Mais je l’affirme avec force : la responsabilité première revient à l’État congolais, et particulièrement au ministère de l’Intérieur et à la Police nationale congolaise. En présentant officiellement ce plan d’action quinquennal, le gouvernement pose un acte clair : restaurer la confiance entre la population et la Police nationale, réaffirmer l’autorité morale de l’État et bâtir une police républicaine, professionnelle et respectueuse des droits humains", a soutenu Eugénie Tshiela Kamba, vice-ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières
Pour sa part, Coulibaly Souleymane Kafana, coordonnateur de l’Unité justice transitionnelle et lutte contre l’impunité de la MONUSCO et représentant du directeur du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en République démocratique du Congo (RDC), Patrice Vahard, a indiqué que la République démocratique du Congo, bien que souvent qualifiée à tort de « capitale du viol », a pris des mesures significatives pour lutter contre les violences sexuelles, faisant de cette lutte une priorité nationale. De nombreuses institutions et initiatives en témoignent et, au nom de son institution, il a salué les efforts déployés.
Il a affirmé que, depuis la signature du communiqué conjoint entre le gouvernement de la RDC et les Nations unies, le 30 mars 2013, plusieurs engagements ont été pris pour éradiquer les violences sexuelles, notamment au sein des forces de défense et de sécurité congolaises. La Police nationale congolaise, conformément aux recommandations du Secrétaire général des Nations unies, a ainsi élaboré un plan d’action pour la période 2019-2021, suivi d’un nouveau plan d’action quinquennal couvrant la période 2025-2029, signé par le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation.
"Ces plans visent à renforcer les capacités institutionnelles en matière de prévention et à améliorer la réponse aux violences sexuelles, à travers : La formation et la sensibilisation, Le renforcement des unités spécialisées, La vulgarisation des textes législatifs pertinents. Le modèle congolais est aujourd’hui reconnu comme exemplaire et attire l’attention de nombreuses institutions internationales souhaitant s’inspirer de votre expérience" a fait savoir Coulibaly Souleymane Kafana, coordonnateur de l’Unité justice transitionnelle et lutte contre l’impunité de la MONUSCO
Pour lui, ces efforts s’inscrivent dans le cadre de la résolution 2808 et visent à lutter contre toutes les formes de violences sexuelles, qu’elles surviennent en période de conflit ou de post-conflit, ainsi qu’à combattre l’impunité par l’arrestation, la poursuite et la condamnation des auteurs.
"Tout en reconnaissant la complexité de la situation sur le terrain, nous encourageons le gouvernement congolais à poursuivre et intensifier ses efforts pour : Lutter contre l’impunité, y compris lorsque des membres de la Police nationale sont impliqués, Fournir aux survivants, aux victimes et aux témoins tous les services nécessaires et assurer leur protection" a-t-il recommandé dans son discours.
Par ailleurs, le commissaire général adjoint chargé de la police administrative, François Aba Van Ang, représentant le commissaire général de la Police nationale congolaise (PNC), le commissaire divisionnaire Benjamin Alongaboni, a rappelé que, depuis plus de trois décennies, la population de l’est du pays est confrontée à des situations de guerre et à des conflits armés récurrents. Ces violences ont entraîné des actes de violences sexuelles qui constituent non seulement des crimes de guerre, mais également des crimes contre l’humanité, compromettant la sécurité et la paix sociale. Utilisées comme armes de guerre, les violences sexuelles ont fragilisé la stabilité de cette région, où les femmes, les filles et les enfants demeurent les principales victimes.
Conscients de l’ampleur du phénomène et des efforts nécessaires pour y faire face, les autorités ont mis en place une commission chargée d’élaborer un plan d’action triennal de lutte contre les violences sexuelles, avec pour objectif d’éradiquer ces crimes, de garantir une réponse efficace des forces de sécurité et d’assurer la protection des victimes. Toutefois, a-t-il reconnu, ce plan n’a pas produit les résultats escomptés, d’où la mise en place d’un nouveau plan d’action quinquennal.
"Trois ans plus tard, le plan triennal n’ayant pas atteint tous les objectifs, un atelier d’actualisation a été organisé en 2023 avec tous les partenaires afin de passer du plan triennal au plan quinquennal. C’est ce plan d’action quinquennal, validé par le ministère de la Sécurité et présenté par le Chef de l’État, que vous allez découvrir aujourd’hui, et pour lequel nous sollicitons l’accompagnement de tous les partenaires pour sa mise en œuvre" a-t-il plaidé dans son intervention
Le Président Félix Tshisekedi a institué une task-force permanente d'évaluation des engagements de la République démocratique du Congo (RDC), dans la lutte contre la violence sexuelle liée au conflit armé. Il l'a fait savoir dans sa communication faite vendredi 24 octobre 2025 à l'occasion de la 64e réunion du Conseil des ministres.
D'après Félix Tshisekedi cité dans le compte rendu lu par le porte-parole du gouvernement, cette décision fait suite à la recrudescence des violences sexuelles liées aux conflits armés dont les statistiques publiées par plusieurs sources nationales et internationales ont mis en lumière une situation particulièrement alarmante.
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Clément MUAMBA