Les affrontements armés se sont poursuivis dans le territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, provoquant d’importants déplacements de population. C’est ce qu’a révélé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) dans son aperçu couvrant le mois de janvier de l’année en cours.
Selon le même document de l’OCHA, entre le 26 et le 29 janvier 2026, au moins 41 800 personnes, soit 8 365 ménages, ont fui l’intensification des combats dans les villages de Point Zéro, Bilende, Bikyaka et Kanguli.
"Ces populations déplacées se sont dirigées vers plusieurs villages des groupements de Basilocha et Balala -Nord, où elles vivent dans des conditions particulièrement précaires. Elles font face à des besoins urgents en nourriture, soins de santé, abris et protection. L’accès humanitaire dans ces zones demeure fortement limité, entravant la capacité des acteurs humanitaires à fournir une assistance rapide et adéquate", rapporte le rapport de OCHA RDC rendu public mercredi 17 février.
Dans le même registre, des affrontements se sont intensifiés dans plusieurs localités du territoire de Mwenga, entraînant des déplacements massifs de population. Le 14 janvier, des combats dans la zone de santé de Mwana ont contraint environ 18 400 personnes (3 069 ménages) à quitter leurs localités pour se réfugier auprès de familles d’accueil ou dans des centres collectifs situés dans les localités de Cihambe, Mubone, Mubondwe, Kasholero, Mwegherera, Kifuko, Mukaza et Cangezi, dans le territoire de Walungu
"Une évaluation menée du 06 au 09 janvier par les organisations membres du ROHNAL1-RDC, dans la zone de santé de Mwana, avait déjà confirmé la présence de plus de 1 700 personnes déplacées hébergées dans des familles d’accueil. Selon ce rapport, ces populations font face à des besoins urgents en nourriture, soins de santé, eau, hygiène et assainissement (EHA), éducation et protection", ajoute le rapport de OCHA RDC.
Par ailleurs, Au cours du mois de janvier 2026, des affrontements se sont poursuivis dans plusieurs localités du territoire de Kalehe, provoquant de nouveaux déplacements de population. Depuis le 12 janvier, des combats ont été signalés notamment dans les localités de Kitendebwa, Kashiye, Bushengeshenge, Lumbishi, Kusisa, Kitindiro, Katenderi, Kazamuko, Mwami Idjwi et Katale. Ces affrontements ont entraîné des déplacements massifs ainsi que la paralysie des activités socio-économiques à Chambombo, Lumbishi et dans les localités avoisinantes.
"Ces affrontements ont également perturbé l’accès humanitaire dans le territoire de Kalehe, qui héberge plus de 415 600 personnes déplacées, selon la Commission de Mouvement de Population. Sur place, les populations se retrouvent exposées à des risques de protection accrus, notamment la séparation familiale, les violences basées sur le genre (VBG), les pillages et autres abus", précise le rapport.
Dans le même registre, le territoire de Kalehe continue d’enregistrer des incidents de protection liés à l’activisme persistant des groupes armés. Dans la nuit du 3 janvier, des hommes armés ont enlevé au moins huit civils (cinq femmes et trois hommes) dans la localité de Kasheke, avant de les libérer quelques heures plus tard. Les victimes, blessées, ont été référées vers Kalehe et Bukavu pour une prise en charge d’urgence. Plusieurs cas de violences sexuelles ont également été rapportés dans la zone.
Depuis le début de l’année 2025, l’escalade du conflit et l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda au Nord et au Sud-Kivu, ont déplacé des centaines de milliers de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, tandis que les routes coupées et l’insécurité compliquent davantage l’accès humanitaire.
Malgré ces conditions difficiles, les acteurs humanitaires poursuivent leurs opérations vitales en négociant l’accès aux zones affectées et en fournissant des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire ainsi que d’autres formes d’assistance essentielle. Selon l’ONU, il est impératif de garantir un accès humanitaire rapide, sans entrave et sécurisé aux populations dans le besoin, et de lever tous les obstacles existants.
En dépit des avancées annoncées dans le cadre des initiatives de médiation notamment le processus de Washington piloté par les États-Unis pour le dossier RDC–Rwanda et l’implication du Qatar dans la crise opposant la RDC à la rébellion AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Face à ce constat, de nombreuses voix appellent les parties prenantes à respecter les engagements contenus dans les différents accords et déclarations signés, afin de faire taire les armes et offrir enfin une chance à la paix après près de trois décennies de conflit.
Clément MUAMBA