RDC : Selon un rapport, le drone utilisé pour attaquer l’aéroport de Kisangani a été lancé hors de la zone contrôlée par l’AFC/M23

Rond-point Sikoti à Kisangani
Rond-point Sikoti à Kisangani

Malgré le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, la violence persiste. C’est l’intitulé du nouveau rapport mensuel du Kivu Security de Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Ce rapport, rendu public jeudi 19 février, aborde notamment l'intensification des offensives aériennes dans l’est du pays. Le document rappelle qu'en date du 2 janvier, les FARDC ont ciblé par drone les combattants de l’AFC/M23 au village de Masisi en territoire du même nom. Cette attaque a fait un bilan de sept civils tués et de 40 blessés. Elle a aussi touché les installations de War Child, une organisation humanitaire internationale qui soutient les enfants et les familles affectés par le conflit armé.

Au quartier Kalundu, en ville d'Uvira le 14 janvier, une autre frappe aérienne par drone kamikaze des FARDC a ciblé et détruit un hôtel dans lequel se tenait une réunion du M23. Le bilan pourrait être de plusieurs dizaines de victimes parmi les civils, les combattants et les cadres du M23.  Sur le territoire de Walikale, les FARDC ont opéré des frappes aériennes qui ont détruit les positions de l’AFC/M23 à Buleusa le 22 janvier. Le lendemain, d’autres frappes aériennes ont ciblé et détruit les bases logistiques de la rébellion dans les villages de Mpeti et Mindjendje situés à 18 kilomètres de Pinga.

"Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, alors que les négociations entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais reprenaient timidement dans le cadre du processus de Doha, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été la cible d’une attaque par drones kamikaze. Aucun de ces engins n’aurait fait de dégâts sur les installations des FARDC et leurs alliés, selon des sources sécuritaires. Ces attaques revendiquées par la rébellion de l’AFC/M23, visaient, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise. Le modèle de drone utilisé (YIHA-III) suggère qu’ils n’ont pu être lancés qu’à moins de 300 km de l’aéroport, soit hors de la zone contrôlée par l’AFC/M23", renseigne le rapport.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, avait haussé le ton contre la rébellion de l’AFC/M23 à la suite de l’attaque par drone menée contre l’aéroport de Kisangani, dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un communiqué rendu public  vendredi 6 février, le chef de l’exécutif de l’Union africaine a exprimé sa plus profonde préoccupation et a fermement condamné cette attaque visant une infrastructure aéroportuaire située dans un grand centre urbain. 

Il a souligné qu’un tel acte met gravement en danger les populations civiles et constitue une violation grave du droit international humanitaire, notamment des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution. Le Président de la Commission avait mis en garde contre l’élargissement du théâtre des hostilités à des villes éloignées des lignes de front, ce qui constitue un facteur majeur d’escalade et fait peser des risques inacceptables sur la stabilité nationale et régionale, ainsi que sur la situation humanitaire déjà critique dans l’est de la République démocratique du Congo.

Ces incidents visant l'aéroport de Kisangani dans la province de la Tshopo interviennent des mois après l’entérinement des accords de Washington entre Kinshasa et Kigali, en présence de Donald Trump. Toutefois, la situation sur le terrain demeure inchangée, marquée par la poursuite des combats entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Parallèlement, Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement d’être à l’origine des violations des engagements pris dans le cadre des accords de Washington.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre après une longue période d’impasse. Elles ont récemment abouti à la signature des termes de référence du document  portant sur le mécanisme de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties.

Clément MUAMBA