La République démocratique du Congo fait face à une importante baisse des financements humanitaires alors que les besoins des populations vulnérables restent élevés. Lors d’un briefing conjoint tenu jeudi 18 juin 2026 à Bunia, dans la province de l’Ituri, consacré à la riposte contre Ebola, avec le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya et le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale Samuel Roger Kamba, la ministre d’État en charge des Affaires sociales et des Actions humanitaires, Eve Bazaiba Masudi, a présenté la situation humanitaire dans le pays.
Selon elle, les projections établies par le Comité national de coordination humanitaire (CNCH) faisaient déjà état d’une forte pression humanitaire pour l’année 2026. Face à l’ampleur des besoins, le gouvernement et ses partenaires avaient identifié une catégorie prioritaire de populations nécessitant une assistance urgente.
"Je voudrais aussi ajouter quelques éléments en termes des chiffres de ces millions avec nos partenaires. Nous avions publié, le 1er décembre 2025, les prévisions des besoins humanitaires pour l’année 2026. Nous avions estimé qu’en 2026, hors événements imprévus comme celui survenu ensuite à Uvira, au moins 15 millions de Congolais auront besoin d’une aide humanitaire. Il était difficile de prendre en charge 15 millions de personnes. Nous avons identifié 7,3 millions de Congolais se trouvant dans les situations les plus urgentes. Pour répondre à ces besoins, il fallait mobiliser 1,4 milliard de dollars américains", a-t-elle précisé lors de sa prise de parole.
La ministre a également évoqué la diminution considérable de l’appui de plusieurs bailleurs traditionnels, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni. Elle a souligné que cette situation représente une perte importante pour la réponse humanitaire nationale.
"Nous ne bénéficions plus de l’aide américaine. J’avais également reçu l’ambassadrice britannique avant son départ et elle nous avait informés que les Britanniques réduisaient eux aussi leur aide. Si l’aide américaine représentait environ 70 % des financements humanitaires pour la RDC et l’aide britannique 15 %, cela signifie que 85 % des financements ont disparu. Il ne reste donc qu’environ 15 % des ressources habituelles", a-t-elle indiqué tout en affirmant que le gouvernement poursuit les démarches pour mobiliser de nouvelles ressources auprès des partenaires.
Eve Bazaiba a indiqué que plusieurs partenaires continuent à soutenir la RDC, mais que les fonds mobilisés ne sont pas encore directement accessibles au gouvernement congolais. Elle estime à environ 417 millions de dollars les ressources disponibles mais qui nécessitent encore une concertation sur leur utilisation. La ministre a également insisté sur la nécessité d’intégrer la réponse à l’épidémie d’Ebola dans les priorités humanitaires du pays.
"Certains pays donateurs, comme l’Allemagne et d’autres partenaires, continuent de contribuer. Toutefois, ces ressources sont actuellement logées auprès d’OCHA. À ce jour, nous parlons d’environ 417 millions de dollars que le gouvernement congolais n’a pas encore touchés directement. Nous devons donc nous asseoir ensemble afin de déterminer les priorités. Nous pensons que l’urgence Ebola constitue également un besoin humanitaire même si elle n’était pas prévue initialement. Elle relève de la réponse humanitaire. Nous allons donc examiner les priorités du pays, car ces ressources ont été mobilisées au nom du gouvernement de la République Démocratique du Congo", a-t-elle affirmé.
Eve Bazaiba a enfin rappelé que, depuis la réduction des appuis extérieurs, les opérations humanitaires ont été largement soutenues par les ressources nationales. Elle a invité le public à consulter les données disponibles auprès des mécanismes internationaux de suivi.
"A ce stade, toutes les actions humanitaires menées depuis cette époque jusqu’à présent sont entièrement prises en charge par la République démocratique du Congo, à travers la Caisse de solidarité nationale ou grâce aux petits moyens disponibles au ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale. Le site d’OCHA est public. Vous pouvez le consulter et y retrouver ces chiffres. Je tenais à apporter cette précision", a-t-elle fait savoir.
Face à un déficit critique de financement, la communauté humanitaire en République démocratique du Congo est contrainte de prioriser strictement sa réponse en 2026. C’est dans ce contexte que le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la communauté humanitaire avaient lancé ce mercredi 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel urgent de 1,4 milliard USD afin de répondre aux besoins humanitaires dans le pays en 2026.
Selon les deux parties, ces ressources sont indispensables pour venir en aide à des millions de Congolaises et de Congolais pris au piège de l’une des crises humanitaires les plus prolongées et les plus négligées à travers le monde. À défaut de financements suffisants, la réponse humanitaire en 2026 sera recentrée sur 7,3 millions de personnes, parmi près de 15 millions ayant des besoins vitaux en assistance et en protection.
L'année 2025 a déjà montré les conséquences dramatiques du sous-financement. Par exemple, au cours de l'année, la réduction des capacités opérationnelles a conduit à la fermeture de plus de 1000 centres de nutrition, privant plus de 390 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère d'une prise en charge essentielle.
Environ 1,5 million de personnes ont perdu l'accès aux soins de santé primaires en raison de la fermeture de structures, de ruptures de stock de médicaments vitaux et d'une capacité réduite de prévention et de réponse aux épidémies. Les cibles d'assistance alimentaire mensuelles ont été réduites jusqu'à 73 %, exposant les populations les plus vulnérables à des risques accrus de faim et de privation.
Clément MUAMBA