Face aux critiques sur son alliance avec Joseph Kabila, Bienvenu Matumo a choisi l'offensive dimanche lors du live Space de Stanis Bujakera Tshiamala. Plutôt que de minimiser la contradiction, l'activiste et cofondateur de « Sauvons la RDC » a déroulé une chronologie pour démontrer que la pratique des coalitions larges n'est pas une nouveauté dans son parcours militant, et que ses détracteurs actuels en ont eux-mêmes bénéficié.
L'argument est structuré et assumé. En 2015, la Lucha participait au Front citoyen réuni à Gorée, au Sénégal, aux côtés de toute l'opposition, dont Félix Tshisekedi lui-même. En 2016, elle était à Genval pour la naissance du Rassemblement de l'opposition, où le président actuel et son père Étienne étaient présents. En 2018, elle contribuait au processus de Genève ayant abouti à la désignation du candidat commun de l'opposition.
En 2020, elle rejoignait la coalition « Le Congo n'est pas à vendre ». En 2024, elle intégrait le cadre de concertation aux côtés de plusieurs autres acteurs.
Le message adressé à ses contradicteurs est direct : vous étiez dans ces mêmes coalitions. Vous n'avez alors réclamé aucune pureté militante. Pourquoi l'exiger aujourd'hui ?
Ce retournement rhétorique est politiquement habile. Il place Tshisekedi et ses alliés dans une posture inconfortable : critiquer les coalitions larges de l'opposition revient à renier leur propre histoire. Mais il comporte une limite que Matumo n'a pas levée dimanche : dans toutes les coalitions qu'il cite, Kabila était l'adversaire commun, jamais le partenaire. Le franchissement de cette ligne-là reste, aux yeux d'une partie de la société civile congolaise, d'une nature qualitativement différente, et aucun précédent historique ne le couvre entièrement.