Lubumbashi : l’IRDH exige l’indemnisation de la famille d’un élève mort dans un bassin abandonné par Chemaf

Photo d'illustration
Le bassin abandonné par la société CHEMAF

L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) a officiellement relayé auprès de la société minière Chemaf SA une demande d’indemnisation en faveur de la famille de Bulafia Mwana Christian, un élève décédé par noyade dans un bassin de rejet des eaux usées du site minier d’Usoke, situé dans le quartier Tshamilemba, commune de Kampemba à Lubumbashi.

Dans un communiqué rendu public ce vendredi, l’organisation de défense des droits humains estime que la responsabilité de l’entreprise demeure pleinement engagée malgré l’arrêt de ses activités sur le site et le changement récent de son actionnariat.

Un accident tragique dans un site abandonné

Selon l’IRDH, le drame s’est produit le 11 mars 2025. La victime se trouvait avec plusieurs de ses amis aux abords des bassins de rejets lorsqu’ils prenaient des photographies. Le jeune élève est tombé dans l’un des bassins et s’est noyé.

L’organisation rappelle que ces infrastructures avaient été aménagées par Chemaf dès le début des années 2000 dans le cadre de l’exploitation de son usine de lixiviation et de l’expansion de ses activités minières à Usoke.

Après plus de vingt-quatre années d’exploitation continue, l’entreprise a cessé ses activités minières en novembre 2025, laissant sur place quatre bassins contenant plus de huit millions de mètres cubes d’eaux usées chargées en acides, métaux lourds et résidus chimiques issus du procédé de lixiviation.
Selon l’IRDH, ces installations abandonnées demeurent situées à moins de dix mètres des habitations du quartier Tshamilemba, exposant les populations riveraines à des risques permanents.

L’Institut souligne que le rachat majoritaire de Chemaf par Virtus Minerals, intervenu en mars 2026, s’est accompagné de la reprise de l’ensemble du passif de l’entreprise.

Cette dette globale est estimée à près de 900 millions de dollars américains, dont environ 600 millions dus à la société internationale de négoce Trafigura Group.
Pour l’IRDH, cette opération ne saurait être interprétée comme une simple acquisition d’actifs miniers.

« La transaction implique également la reprise du contentieux environnemental lié aux activités passées de l’entreprise », soutient l’organisation, qui considère que les nouveaux propriétaires doivent assumer les obligations de réparation découlant des dommages causés aux populations.

Des arguments juridiques avancés

Pour justifier sa demande d’indemnisation, l’IRDH invoque plusieurs dispositions du Code minier et du Règlement minier de la République démocratique du Congo. L’organisation évoque notamment :

L’imprescriptibilité de l’action en réparation pour les dommages environnementaux et humains liés aux activités minières ;

La responsabilité objective de l’exploitant minier, prévue notamment par les articles 285 bis du Code minier et 405 ter du Règlement minier, qui ne requiert pas la démonstration d’une faute, d’une intention ou d’une imprudence ;

L’obligation de supprimer tout danger susceptible de menacer la sécurité des personnes après la fermeture d’un site minier ;
Le devoir de diligence raisonnable imposé lors de toute acquisition de droits miniers, conformément à l’article 182 bis du Code minier.

Selon l’IRDH, ces dispositions suffisent à établir la responsabilité industrielle de Chemaf dans le décès du jeune Bulafia Mwana Christian.

L’IRDH réclame réparation pour les ayants droit

L’organisation estime que la dangerosité du bassin, son implantation à proximité immédiate des habitations ainsi que le décès qui en a résulté constituent des éléments suffisants pour engager l’obligation de réparation de l’entreprise.

Elle soutient que l’indemnisation des ayants droit de la victime doit intervenir indépendamment du temps écoulé depuis l’accident et sans qu’il soit nécessaire de démontrer une faute particulière de l’exploitant.

"Il y a déjà 4 cas de décès à la suite de ces bassins. C'est un endroit où jouent les enfants. Depuis les arrêts de travaux de Chemaf depuis novembre 2025, le danger est permanent au quartier Tshiamalemba", explique Jérémie Madiela de l'IRDH

À travers cette démarche, l’IRDH entend également attirer l’attention sur les risques que représentent les anciens sites miniers abandonnés dans plusieurs quartiers de Lubumbashi et plaide pour une meilleure prise en charge des passifs environnementaux hérités de l’exploitation minière.

José Mukendi