Réfugiés congolais au Burundi: auprès de Judith Suminwa, le HCR plaide pour un soutien accru du gouvernement face à l’ampleur des besoins et à la précarité des conditions de vie

Photo d'illustration
Brigitte Mukanga, Représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi reçue par la Première Ministre Judith Suminwa

La représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi, Brigitte Mukanga, a été reçue, lundi 8 juin 2026, à la Primature par la Première ministre Judith Suminwa. Les échanges ont porté sur la situation des réfugiés congolais vivant au Burundi ainsi que sur les conclusions de la récente réunion tripartite (RDC–Burundi–HCR).

Ces travaux ont permis d’adopter des recommandations concrètes visant à renforcer le retour volontaire, sûr et digne des réfugiés, à améliorer leur réintégration et à consolider la coopération entre les deux pays avec l’appui du HCR.

À l’issue de cette rencontre, Brigitte Mukanga a indiqué avoir fait le point sur les discussions et les décisions prises lors de cette réunion, consacrée notamment à la situation des réfugiés congolais ayant fui les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo.

 Selon elle, l’évolution de la situation sécuritaire dans certaines zones du Sud-Kivu permet désormais d’envisager les premiers retours volontaires.

"Cette réunion concernait notamment la situation des réfugiés congolais présents au Burundi. L’année dernière, plus de 100 000 réfugiés congolais en provenance de l’Est de la RDC, particulièrement d’Uvira, de Bukavu et de Goma, ont été accueillis sur le territoire burundais. Avec la reprise de la ville d’Uvira par les autorités nationales, un mouvement de rapatriement a déjà été amorcé afin de faciliter le retour de certains réfugiés dans cette zone. Les discussions de la réunion tripartite ont porté sur cette dynamique de retour, mais également sur la situation de la majorité des réfugiés qui demeurent encore au Burundi", a précisé la représentante du HCR à l'issue de l'entretien

Malgré ces avancées, les conditions de vie des réfugiés demeurent préoccupantes. Brigitte Mukanga a salué les efforts déjà déployés par le gouvernement congolais, tout en soulignant la nécessité de renforcer l’assistance qui leur est apportée. La rencontre avec la cheffe du gouvernement a également permis de faire le point sur les interventions menées jusqu’à présent et de sensibiliser les autorités à la persistance des besoins humanitaires.

Pour la représentante du HCR, cet entretien avec Judith Suminwa a enfin constitué une occasion de porter directement ce plaidoyer auprès de l’exécutif congolais, afin de mobiliser un soutien accru en faveur des milliers de Congolais qui demeurent réfugiés au Burundi.

"À ce jour, le gouvernement congolais a apporté plusieurs formes d’assistance, notamment à travers le ministère des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, à la suite de la visite de Mme Bazaïba au Burundi. Un accompagnement a également été assuré par le ministère des Affaires étrangères. Cette rencontre a donc aussi été l’occasion de rendre compte de l’assistance déjà apportée. Toutefois, compte tenu de l’ampleur des besoins et des conditions de vie encore précaires des réfugiés, ceux-ci nécessitent toujours un accompagnement accru de la part du gouvernement de la République démocratique du Congo" a insisté Brigitte Mukanga.

La responsable du HCR au Burundi séjourne à Kinshasa à la suite des travaux de la réunion tripartite réunissant la République démocratique du Congo, le Burundi et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). À l’issue de ces assises, les trois parties sont convenues de renforcer l’enregistrement des réfugiés congolais et burundais vivant dans les camps et centres de transit. Elles ont également examiné les mécanismes visant à mieux encadrer le rapatriement volontaire et la réintégration durable des réfugiés dans leurs pays respectifs. Les participants se sont en outre engagés à améliorer l’accompagnement des personnes rapatriées à travers des projets de développement communautaire et un suivi post-retour dans les zones d’origine.

Ces initiatives, y compris le retour volontaire des populations, s’inscrivent dans le contexte de la relance des échanges transfrontaliers via Uvira, au Sud-Kivu, matérialisée par une cérémonie symbolique organisée après plusieurs mois de fermeture de la frontière en raison des tensions sécuritaires liées aux activités de l’AFC/M23. La présence de la délégation gouvernementale, qui avait présidé cette cérémonie de réouverture, s’inscrit également dans le cadre du suivi de la mise en œuvre des mesures visant à restaurer l’autorité de l’État. Ces actions ont été engagées à la suite du retrait de l’AFC/M23 de certaines zones, dans un contexte marqué par des pressions diplomatiques accrues exercées sur le mouvement rebelle et ses soutiens présumés.

Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion sur certaines parties des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est considéré comme un point névralgique, dont le contrôle pourrait faciliter une progression vers l’espace du Grand Katanga, souvent présenté comme le poumon économique de la RDC.

Clément MUAMBA