Ebola en Ituri : les centres de traitement débordés, MSF appelle à une décentralisation urgente de la riposte

Frédéric Manatou, coordinateur des urgences MSF
Frédéric Manatou, coordinateur des urgences MSF

Face à la progression rapide de l'épidémie d'Ebola en Ituri, Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d'alarme sur la saturation des centres de traitement et plaide pour une décentralisation accélérée de la riposte vers les zones rurales où de nouveaux foyers continuent d'apparaître.

Au cours d'un café de presse organisé ce vendredi 12 juin à Bunia, le coordinateur des urgences de MSF en République démocratique du Congo, Frédéric Manatou, a salué les efforts déployés par les autorités sanitaires et les partenaires, tout en soulignant l'ampleur des défis qui subsistent sur le terrain.

Selon MSF, plusieurs structures de prise en charge fonctionnent déjà en pleine capacité alors que le nombre de cas continue d'augmenter.

« En quelques semaines, il y a eu une réactivité assez impressionnante. Rien qu'à Bunia, six centres sont sortis de terre et reçoivent des patients. Malgré cela, ils sont complètement submergés. Les taux d'occupation atteignent 100 % pratiquement en permanence. Hier encore, notre centre ici à Bunia était totalement plein », a déclaré Frédéric Manatou.

Pour faire face à cette pression, MSF poursuit l'extension de ses capacités d'accueil. À Mongbwalu, l'organisation dispose déjà d'un centre de traitement de 44 lits et construit actuellement une nouvelle structure de 60 lits. À Bunia, un autre centre est en cours d'extension sur le site d'Elikya, tandis qu'un centre de 55 lits est en construction à Komanda.

Pour l'organisation médicale, la lutte contre Ebola ne peut se limiter aux grands centres urbains. Les équipes de terrain observent une multiplication des cas dans plusieurs zones de santé éloignées qui nécessitent des capacités de réponse immédiates.

« Il faut décentraliser. Les foyers épidémiques doivent être contenus là où ils apparaissent. Il ne faut pas attendre que les malades arrivent à Bunia. Aujourd'hui, il y a des cas à Nizi, à Aru, dans la zone de santé de Mahagi et ailleurs. Toutes ces zones doivent être rapidement renforcées », a insisté le responsable de MSF.

Selon lui, cette stratégie permettrait de limiter les déplacements de patients, de réduire les risques de propagation du virus et d'améliorer la prise en charge précoce des cas.

MSF estime également que les importants mouvements de population observés en Ituri constituent l'un des principaux défis de la riposte.

Entre les déplacements liés à l'insécurité et les flux commerciaux permanents entre Mongbwalu, Nizi, Bunia, Komanda, Mahagi et d'autres centres économiques, la surveillance épidémiologique devient particulièrement complexe.

« La surveillance reste un défi majeur. L'épidémie évolue très vite et les déplacements de population compliquent énormément le suivi des contacts et l'identification rapide des cas », a expliqué Frédéric Manatou.

L'implication de la population jugée essentielle

Au-delà des infrastructures et des moyens médicaux, MSF insiste sur le rôle central de la population dans le contrôle de l'épidémie.

L'organisation appelle les habitants à consulter rapidement les structures sanitaires dès l'apparition des premiers symptômes afin de favoriser un diagnostic précoce et une prise en charge rapide.

« Lorsque vous êtes malade, n'attendez pas de savoir si c'est Ebola ou non. Allez immédiatement dans une structure de santé. Plus tôt on arrive à l'hôpital, plus les chances de guérison sont élevées, que ce soit pour Ebola, le paludisme ou toute autre maladie », a recommandé le coordinateur des urgences de MSF.

Alors que l'Ituri demeure l'épicentre de la 17ᵉ épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo, l'organisation humanitaire estime que le renforcement des capacités locales, la décentralisation de la riposte et l'adhésion des communautés demeurent les principaux leviers pour freiner la progression de la maladie.

Freddy Upar, à Bunia