Accord de Washington : sur les 30 tâches prévues, seulement 14 ont été partiellement exécutées, avec un taux global d’exécution de 19,1 % (Baromètre des Accords de Paix en Afrique)

Signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis
Signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis

27 juin -27 août 2025, celà fait exactement deux mois que la République Démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, sous les auspices des États-Unis d'Amérique, un accord de paix. Cet accord orchestré par l'administration Trump vise à mettre fin au conflit dans l'Est de la RDC, qui a fait des milliers de morts depuis près de trois décennies.

Cet accord, que le président américain Donald Trump ne cesse de se féliciter d'avoir obtenu, s'inspire d'une Déclaration de principes approuvée par les délégués de ces deux pays. Deux mois après, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique révèle un niveau globalement faible d'exécution des engagements de la part de Kinshasa et Kigali. Si quelques tâches enregistrent une progression moyenne, la majorité des engagements clés demeurent au point mort. 

"Sur les 30 tâches prévues par l’Accord de Paix de Washington, seules 14 ont connu un début d’exécution (à un degré initial, minimal ou intermédiaire), soit 46,6% des tâches. Si l’on considère l’ensemble des 30 tâches, leur score cumulé d’exécution atteint 57,5 points sur 300 (maximum de points si toutes les 30 tâches étaient entièrement réalisées), soit un taux global d’exécution de 19,1 %. Si l’on considère uniquement les 14 tâches partiellement exécutées, leur score cumulé d’exécution correspond à 57,5 points sur 140, soit un taux de réalisation de 41 %. Les tâches ayant obtenu les scores les plus élevés (7,5/10) concernent : le soutien de la communauté internationale et régionale aux signataires, la mise en place du JSCM, l’adoption des procédures opérationnelles du JSCM, ainsi que la création du JOC. La majorité des tâches que les gouvernements de la RDC et du Rwanda devraient exécuter individuellement ou conjointement affichent un score inférieur ou égal à 2,5/10, à l’exception de l’interdiction des actes hostiles/d’agression (5/10) et de la mise en place du JSCM (dont le score est passé de 2,5/10 fin juillet à 7,5/10 fin août)",  lit-on dans le rapport consulté jeudi 28 août 2025.

Le rapport indique une progression dans la mise en œuvre de l’Accord entre fin juillet et fin août. En effet, la proportion de tâches exécutées est passée de 26,6 % à 46,6 %, traduisant une dynamique d’accélération dans l’exécution.

"De même, le score global, qui reflète l’ensemble des tâches prévues par l’Accord, a plus que doublé, passant de 9 % à 19 % sur la même période. Enfin, s’agissant du score relatif aux seules tâches partiellement exécutées, une amélioration a également été enregistrée passant de 34 % à 41 %. Ces résultats témoignent d’un rythme plus soutenu dans l’opérationnalisation de l’Accord, bien que des efforts supplémentaires demeurent nécessaires pour consolider ces avancées", ajoute le rapport.

Progrès réalisés

Malgré les tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique souligne que certains progrès notables ont été enregistrés principalement sur le plan institutionnel et de la coopération :

• Diminution des rhétoriques belliqueuses entre les autorités de deux États malgré la récurrence des accusations publiques réciproques d’appui implicite à des groupes armés;

• Engagement formel à l’arrêt des hostilités traduit par la publication séparée, le 17 août 2025, par le gouvernement de la RDC et l’AFC-M23 soutenu par le Rwanda des communiqués réaffirmant leur volonté de promouvoir la paix. Et ce, en dépit de la reprise temporaire des combats entre l’AFC-M23 et l’armée congolaise appuyée par les Wazalendo dans les provinces de Nord-Kivu (particulièrement dans le groupement Waloa Yungu) et Sud-Kivu (précisément à Kanyola, Muzinzi, Ciruko, Mulamba, Kipupu et Mikenge);

• Mise en place du Mécanisme Conjoint de Coordination de la Sécurité (JSCM) entre la RDC et le Rwanda, avec la tenue de sa réunion inaugurale les 7 et 8 août 2025, suivie de l’adoption de ses termes de référence destinés à encadrer ses travaux futurs et à renforcer la transparence de ses opérations;

• La mise en place du Comité de Surveillance Conjointe, réunissant la RDC, le Rwanda, l’Union africaine, le Qatar et les États-Unis, dont la première réunion s’est tenue le 31 juillet 2025, marquant le lancement officiel de ce mécanisme de suivi et d’appui. Signature par la RDC et le Rwanda de l’Énoncé des Principes du Cadre d’Intégration Économique Régionale, ouvrant la voie à une coopération bilatérale dans les domaines de la gestion des parcs nationaux, de l’exploitation durable des ressources du lac Kivu, du développement hydroélectrique, de l’exploitation minière et du dérisquage des chaînes d’approvisionnement en minerais.

L'accord de Washington comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir de groupes armés comme les FDLR ou le M23/AFC. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024.

Sur le plan économique, l’accord entend renforcer la coopération bilatérale autour de projets communs, notamment dans l’hydroélectricité, la gestion des parcs nationaux et la traçabilité des minerais. Il s’appuie sur les cadres régionaux existants – CIRGL, COMESA, EAC – pour favoriser l’intégration économique et lutter contre les circuits illicites. Les États-Unis sont également appelés à jouer un rôle accru en tant qu’investisseurs dans les filières stratégiques.

Clément MUAMBA