Accord de Washington : les USA appelés à accroître la pression diplomatique sur les parties et à clarifier sa position sur le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation des FDLR

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Sous les auspices des États-Unis, un accord de paix a été signé par la République démocratique du Congo et le Rwanda. Cet accord vise à mettre fin au conflit dans l'est de la RDC, qui a fait des milliers de morts et prévoit des dispositions sur "le respect de l'intégrité territoriale et l'arrêt des hostilités" dans l'est de la RDC après l'offensive menée par le groupe armé M23.

Deux mois après sa signature, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique a dans son évaluation révélé sa fragilité par l'absence de progrès sur les mesures sécuritaires. C'est dans ce cadre que ce groupe d'experts indépendants interpelle l'administration Trump à accentuer la pression sur Kinshasa et Kigali mais aussi à clarifier sa position quant à la simultanéité ou non du retrait des forces défensives rwandaises et la neutralisation des FDLR.

Recommandations aux États-Unis :

• Clarifier officiellement sa position quant à la simultanéité, ou non, entre le retrait des troupes rwandaises et de la neutralisation des FDLR, en s’appuyant sur les dispositions de l’Accord afin de dissiper toute ambiguïté ;

• Accroître la pression diplomatique sur la RDC et le Rwanda pour la mise en œuvre des mesures sécuritaires clés (neutralisation des FDLR, retrait des troupes rwandaises et cessez-le-feu durable) ;

• Soutenir techniquement et logistiquement le fonctionnement du JSCM et du Comité de Surveillance Conjointe ;

• Exiger un calendrier contraignant et vérifiable pour les engagements sécuritaires critiques, avec un suivi mensuel de leur exécution ;

• Soutenir la MONUSCO dans sa mission de protection des populations civiles, notamment en 

menant un plaidoyer auprès du Conseil de sécurité en faveur d’un renforcement temporaire de ses ressources ; et

• Encourager une médiation active entre l’AFC-M23 et le gouvernement congolais, afin de faire 

avancer le processus de Doha, tout en veillant à son alignement stratégique avec l’Accord de Paix Washington.

Recommandations au Qatar

• Faciliter la convergence entre le processus de Doha et celui de Washington en alignant les discussions AFC-M23/RDC avec les obligations RDC/Rwanda ; et

• Rendre officiellement public le contenu du projet d’accord de paix soumis le 18 août 2025 aux représentants du gouvernement congolais et de l’AFC-M23 afin de favoriser un débat transparent et d’éviter toute manipulation de son véritable contenu.

Recommandations aux Médiateurs de l’Union Africaine :

• Veiller à l’harmonisation des processus de Washington et de Doha en mettant en place un mécanisme continental de coordination et de suivi, permettant d’assurer la cohérence stratégique, la complémentarité opérationnelle et l’alignement des efforts de paix dans la région des Grands Lacs ;

• Allouer un financement autonome au mécanisme continental de suivi, à travers l’adoption d’un budget dédié au sein de l’Union africaine, garantissant sa viabilité institutionnelle et opérationnelle ; et ce, indépendamment des contributions des partenaires internationaux ; et

• Renforcer l’appropriation régionale du processus de paix en initiant des actions de sensibilisation et en facilitant l’implication active des organisations de la société civile régionale afin de favoriser la transparence, la légitimité et la durabilité des efforts engagés.

L'accord de Washington comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir de groupes armés comme les FDLR ou le M23/AFC. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024.

Sur le plan économique, l’accord entend renforcer la coopération bilatérale autour de projets communs, notamment dans l’hydroélectricité, la gestion des parcs nationaux et la traçabilité des minerais. Il s’appuie sur les cadres régionaux existants – CIRGL, COMESA, EAC – pour favoriser l’intégration économique et lutter contre les circuits illicites. Les États-Unis sont également appelés à jouer un rôle accru en tant qu’investisseurs dans les filières stratégiques.

Clément MUAMBA