Si pour les Rwandais le concert-événement "Solidarité Congo" prévu le 7 avril prochain à l'Accor Arena de Paris est considéré comme un sabotage à cette date consacrée journée de la commémoration de la journée internationale de réflexion sur le génocide Tutsis au Rwanda, le gouvernement de la République Démocratique du Congo dit voir les choses autrement en considérant cet événement comme une action pour soutenir la population congolaise touchée par la guerre d'agression rwandaise dans l'Est du pays.
Au cours d'un briefing presse tenu mercredi 26 mars à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé les manœuvres du Rwanda de vouloir politiser une affaire qui ne devait pas l'être. À l'en croire, cette activité qui ne réunira pas seulement des congolais permet d'exprimer à travers la musique et l'art le soutien aux peuples congolais victimes des conflits dans l'Est de la RDC.
"Depuis des années, nous partageons cette douleur, et aucun pays au monde n’a payé le prix des conséquences de ce génocide comme la République Démocratique du Congo. Depuis cet événement, nous sommes entrés dans un cycle permanent de violences qui dure depuis 31 ans. Autant nous devons être solidaires du peuple rwandais qui a été victime du génocide, autant nous, Congolais, avons aussi droit à cette solidarité, qui ne doit pas être à géométrie variable", a expliqué le porte-parole du gouvernement.
Patrick Muyaya indique avoir eu des discussions avec Charles Tabu et Elvis Adidiema, organisateurs de cet important événement, qui confirment que des concertations ont eu lieu, notamment avec des artistes non exclusivement congolais. Il cite notamment Angélique Kidjo, qui souhaite s’associer à cette initiative de solidarité, loin de toute instrumentalisation politique.
"C’est malsain que certains, du côté du Rwanda, aient voulu transformer cette initiative en un sujet politique. La date a été choisie en fonction de la disponibilité des artistes, notamment après le ramadan, car certains sont musulmans", a indiqué Patrick Muyaya.
Face à la polémique et aux risques de débordements, la mairie de Paris a saisi la préfecture de police pour demander l’interdiction de l’événement. De son côté Kinshasa espère que le gouvernement français ne va pas interdire une telle initiative.
"Je ne pense pas que les autorités françaises peuvent s'opposer à la tenue d'un concert de ce genre. Je sais qu'il y a une très mauvaise intention qui vient de l'autre côté à l'idée de saboter ou de penser que ce concert peut poser un problème de sécurité. La sécurité doit être assurée par la République Française. Ici, il faut considérer que le communiqué que nous avons vu de la Mairie n'engage pas la France", a indiqué le porte-parole du gouvernement.
Et de poursuivre :
"Nous considérons que ce n'est pas forcément une question de date, la chose la plus importante, c'est le message qui doit être passé, c'est de mobilisation et d'unité de voir nos stars rassemblées pour une cause qui nous réunit tous, ça sera un super moment pour les congolais parce que nous pensons que levier culturel est un super levier, nous pensons que quoi qu'il en soit ce concert doit se tenir parce qu'on ne peut pas empêcher aux congolais qui sont mobilisés de s'exprimer en soutien aux congolais touchés".
L’événement "Solidarité Congo" prévu le 7 avril à l'Accor Arena suscite de vives réactions en France. La diaspora rwandaise s'offusque de propos tenus par certains artistes programmés mais surtout de la date choisie par les organisateurs, qui correspond à la journée de commémoration du génocide des Tutsi. Face à la polémique et aux risques de débordements, la mairie de Paris a demandé à la préfecture de police d'interdire le concert. Selon les organisateurs, cet événement réunira sur scène des artistes de renom, parmi lesquels Gims, Youssoupha, Fally Ipupa et Angélique Kidjo, avec pour objectif de lever des fonds en soutien aux enfants touchés par le conflit opposant l’armée congolaise au groupe M23 dans l’est de la RDC.
Près de trois décennies déjà, l'Est de la République Démocratique du Congo, région riche en ressources naturelles et frontalière du Rwanda, est ravagé par des violences meurtrières impliquant une myriade de groupes armés et certains pays voisins. Ces violences se sont récemment intensifiées à la faveur de l'offensive menée par le groupe armé M23, soutenu par des troupes rwandaises. Selon l'ONU, plus de 100.000 personnes ont fui la zone ces trois derniers mois. Ce conflit puise ses racines dans le génocide des Tutsi en 1994, la fuite de centaines de milliers de Hutu, dont de nombreux génocidaires, en RDC et les guerres qui s'en sont suivies.
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Clément MUAMBA