Théâtre :  “Cette lettre que je t’écrirai peut-être jamais”, un enfant soldat face au silence et à la mémoire

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Le comédien Jonathan Buba sur la scène de Wallonie-Bruxelles

La première représentation de la pièce "Cette lettre que je t’écrirai peut-être jamais" s’est tenue mercredi 11 février dernier au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa. Portée par un texte de Jocelyn Danga et mise en scène par Aaron Lukamba, l’œuvre propose une plongée intime et bouleversante dans la réalité d’un enfant soldat, à travers le monologue d’un jeune homme incapable d’écrire à sa mère depuis le front.

Sur scène, une nuit. Une tente. Un jeune soldat seul face à une lettre qu’il n’arrive peut-être pas à écrire. À l’extérieur, la guerre. À l’intérieur, le silence. C’est dans cette tension dramatique que se déploie le spectacle, interprété par le comédien et chorégraphe Jonathan Buba, formé à l’Institut national des arts (INA) et membre de la compagnie Théâtre Fleuve.

L’absurdité des conflits 

Cette scène concentre à elle seule toute l’absurdité des conflits armés, où la folie des hommes finit par broyer indistinctement coupables et innocents. À la détresse du soldat s’ajoute une honte profonde, presque indicible, qui le retient de retourner auprès des siens et nourrit en lui des pensées de fuite, voire de mort. Au terme de son long égarement intérieur, il ne lui reste plus que le présent, lourd et invivable, irrémédiablement marqué par le souvenir des actes commis, dont la trace semble impossible à effacer.

« Le texte parle d’un jeune enfant soldat confronté aux réalités de l’armée, à différentes situations qu’il découvre. Au départ, il voulait servir son pays, mais une fois sur place, il fait face à une autre réalité qui le brise et l’éloigne de son rêve d’enfance », a expliqué Aaron Lukamba, metteur en scène du spectacle, à l’issue de la représentation.

Selon lui, la pièce ouvre un espace de réflexion sur une problématique encore trop peu débattue publiquement : « C’est un texte qui aborde, même brièvement, la question générale des enfants soldats, un sujet que l’on n’a pas toujours l’habitude de voir sur la place publique ni d’écouter au sein de la société ». 

Une scénographie sobre au service du texte

La mise en scène privilégie l’épure. La scénographie de Rosine Nkem installe un espace minimaliste qui renforce l’isolement du personnage. La création lumière, signée Cléo Konongo, joue sur les contrastes entre ombre et clarté pour traduire l’état intérieur du jeune soldat, tandis que la création sonore d’Emmanuel Kabeya accompagne discrètement la tension dramatique.

Cette sobriété scénique met en valeur la performance de Jonathan Buba, seul en scène, qui incarne avec intensité les doutes, la peur et les désillusions de son personnage.

Au-delà de la représentation artistique, "Cette lettre que je t’écrirai peut-être jamais" s’inscrit dans une démarche de dialogue avec le public. L’objectif, selon l’équipe artistique, est d’amener le théâtre devant les spectateurs et de susciter un échange autour des réalités sociales évoquées par la pièce.

James Mutuba