Ce samedi 25 novembre, une atmosphère inhabituelle règne au rond-point Nyamwisi, à Beni (Nord-Kivu). Le candidat de l’opposition à la présidence, Moïse Katumbi, est attendu ce matin dans la ville de Beni et dans la cité d’Oicha pour poursuivre sa campagne électorale après son passage à Goma.
Des affiches et banderoles de son parti politique, Ensemble pour la République, et des candidats, ornent le rond-point Nyamwisi, où il a prévu d'échanger avec la population. Bien qu'aucun dispositif sécuritaire ne soit encore visible sur place, son équipe technique commence à monter un podium pour qu'il puisse s’adresser aux habitants.
Moïse Katumbi devrait atterrir à l’aéroport de Mavivi, situé à 12 kilomètres au nord-est de la ville de Beni. De là, il se rendra dans la cité meurtrie d’Oïcha avant de s’adresser aux habitants de Beni au rond-point Nyamwisi, puis à Butembo.
Contrairement aux deux derniers cycles électoraux en 2011 et 2018, ces entités, traditionnellement considérées comme bastions de l'opposition, se présentent aux élections de 2023 alors que tous ses grands leaders soutiennent Félix Tshisekedi. Parmi eux, les ministres Mbusa Nyamwisi, Julien Paluku, Nzangi Muhindo, Catherine Furaha, ainsi que leurs proches alliés, les députés Mbindule Mitono, Jérôme Lusenge, les mandataires Julienne Mughole et d’anciens ministres comme Vahamwiti Mukesyayira, etc.
Ces acteurs, bien qu'influents, ont commencé à faire campagne pour Félix Tshisekedi. Cependant, rien n'assure qu'ils parviendront à convaincre le public de soutenir Félix Tshisekedi sans explication. En 2011 et en 2018, Julien Paluku a été élu massivement à Lubero sans pouvoir recueillir suffisamment de voix, notamment en 2011 pour Joseph Kabila (dépassé à Lubero par Étienne Tshisekedi et à Butembo par Vital Kamerhe), et en 2018 pour Emmanuel Shadary (devancé par Martin Fayulu).
Si les motivations diffèrent entre législatives et présidentielle, le choix présidentiel est fortement dicté par la question de la sécurité, particulièrement cruciale pour cette échéance. Sur ce point, Félix Tshisekedi semble être en difficulté. Le Grand Nord est actuellement coincé entre deux guerres, ayant un impact néfaste sur l'économie et le quotidien des habitants : les ADF sévissent à Beni, bloquant l'accès à l'Ituri au nord, tandis que les M23 sont actifs à Rutshuru, bloquant l'accès à Goma au sud.
À Beni, à cause du conflit avec les ADF, de nombreux habitants ont abandonné leurs champs de cacao ou ont fermé leurs commerces. Bien qu'ils espéraient une stabilisation après le lancement des opérations conjointes FARDC-UPDF, ils sont surpris par la résurgence des attaques à l'approche des élections. Récemment, 14 personnes ont été décapitées dans les villages environnants de Mamove, dans le territoire de Beni, démontrant ainsi que l'insécurité est un défi majeur pour le candidat Félix Tshisekedi.
Au-delà de l'insécurité, Félix Tshisekedi n'a rien construit en termes d'infrastructures dans les villes de Beni et Butembo, disent les habitants, contrairement à son prédécesseur, Joseph Kabila, qui avait réussi à doter ces deux villes de leurs premiers boulevards asphaltés. Les avantages actuels, tels que la présence de ministres locaux au gouvernement ou la mise en place de certaines institutions, ne profitent qu'à un groupe restreint.
Les habitants attendent plus de sécurité pour leurs activités agricoles ainsi que des routes de desserte agricole pour écouler leurs productions.
Yassin Kombi et Claude Sengenya