Littérature : écrire pour dénoncer, documenter ou témoigner … le rôle de l’écrivain dans une situation de crise 
Mercredi 23 novembre 2022 - 16:25
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En ce mois de novembre où le monde a célébré la journée internationale de l’écrivain africain, le 7 novembre dernier et la journée mondiale des écrivains en prison, le 15 novembre, quelques acteurs de la scène littéraire congolaise sont intervenus sur ACTUALITE.CD sur le rôle que joue ou peut jouer la littérature, les auteurs et écrivains dans une situation de crise, marquée notamment par des tragédies à l’Est de la RDC.

La RDC, attaquée dans sa partie Nord-Est par son voisin, le Rwanda, à travers les rebelles du M23, a besoin de la main à la pâte de tous les secteurs pour bouter l’ennemi dehors. Pour ce qui est de la littérature, elle peut servir à documenter, à proposer des solutions, à dénoncer ou à témoigner. Mais pas seulement. 

En tant que témoin des atrocités, l’écrivain ne peut pas rester sans mots, estime Christian Gombo, écrivain, libraire et éditeur. Tout en précisant que l’écrivain ne conscientise pas mais il décrit des faits, il crée son monde, poussant les lecteurs à en créer le leur aussi. 

« L’écrivain ne regarde pas les choses de loin. Par rapport à la mentalité, on regarde de loin les problèmes de l’Est, du Bandundu, du Kasaï, oubliant que s’ils ne sont pas bien résolus, ça peut nous revenir d’une certaine façon. L’écrivain, quand il est traversé par ces choses horribles, ça lui permet de faire un rendu physique sur papier, dans un format littéraire », a-t-il précisé. 

Sharon Biangula est écrivain, auteur, entre autres, du livre Lubila, une nouvelle qui se fonde autour de la tragédie de Kamuina Nsapu, au Kasaï. Il estime qu’avec la plume, on peut panser des plaies, donner une nouvelle vision des choses aux gens, donner de l’espoir, écrire le monde selon qu’on l’imagine.

« Nous vivons dans un pays où il y a plusieurs faits importants qui sont passés dans l’histoire qui s’oublient en deux ou trois ans. S’il y a des auteurs qui ont vécu ces histoires ou qui vont à la rencontre de ceux qui les ont vécues, ça permettra de montrer à la face du monde et de venger les victimes », estime-t-il.

De son côté, Blaise Ndala, écrivain congolais vivant au Canada, le champ reste beaucoup plus ouvert. Pour lui, l’écrivain congolais n’a de rôle que celui qu’il choisit librement, en âme et conscience car la littérature est le champ de tous les possibles.

« L’écrivain, tout en puisant dans le substrat de la société où il vit, crée selon sa sensibilité la plus intime, qui pourrait ne pas être dictée par une tragédie, quand bien même celle-ci l’affecterait directement », dit-il. 

Et d’ajouter : 

« Les œuvres littéraires changent avant tout notre perception du monde et celle de notre pouvoir comme acteur social doué de raison et du libre arbitre. À ce titre, elles peuvent nous amener à nous changer nous-mêmes. Il me semble que pour changer le monde, ce n’est pas si mal comme prémisse ». 

A Goma, la maison d’édition Mlimani, qui a vu le jour en avril dernier, œuvre à faciliter l’accès aux livres rares et qui parlent aux congolais. Le deuxième livre édité s’intitule « La guerre a échoué » de Micheline Mwindike. Contacté, Depaul Bakulu, un des initiateurs de la maison d’édition, a laissé entendre que les moyens d’expression en temps difficiles vont au-delà des textes. Le dessein, le slam, la danse, la musique, pour vu que ça soit un art engagé et conscient, un art qui transmet un message de paix en temps de guerre. 

Emmanuel Kuzamba

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