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“Motolu ekweya ye, akobota té” Photo droits tiers

L’infertilité féminine est à la base de nombreux clichés imposés aux femmes en Afrique et ailleurs dans le monde. Après avoir vécu pendant 13 ans sans avoir d’enfant, Charlène raconte son expérience.

Charlène a trois filles dont deux jumelles. Nous avons rencontré Charlène entre ses pains, ses oeufs et ses clients dans une avenue du centre-ville à Kinshasa. Charlène avait 33 ans quand elle s’était mariée avec l’idée de fonder une famille. Elle n’a jamais songé au pire des scénarios… “Je venais de me marier et j’étais très heureuse dans mon foyer. Les jours de fête sont très vite passés. Mon époux et moi avons commencé à planifier la naissance de nos futurs enfants. J’avais presque tout à la maison pour accueillir mon premier bébé. Nous avons passé les premières années dans l’attente et tout se passait bien.” 

Motolu ekweya ye, akobota té

Quatre ans après son mariage, les inquiétudes se sont intensifiées pour Charlène et son conjoint. “Dans le Bandundu (ma province d’origine) quand on dit “Motolu ekweya yé, akobota té” (en français : elle a perdu son nombril, elle ne tombera jamais enceinte), c’est pour qualifier une femme rendue stérile par des avortements provoqués. C’est ainsi que mes belles-soeurs ont commencé à m’identifier, elles m’insultaient tous les jours”, dit Charlène tout en ajoutant “pourtant, je n’ai jamais eu recours à des avortements. En fait, je voyais tout mon rêve se transformer en cauchemar.

“Mon mari m’aimait malgré mon état”

Après différents examens médicaux, les médecins déclarent que le couple est en bonne santé. Cependant, les conjoints n’arriveront toujours pas à avoir des enfants. “ Nous avons consulté des médecins. Aucun d’entre eux n’a dit que j’étais malade. C’était aussi le même résultat pour mon époux. J’avais toutes les deux trompes, mes organes étaient tous en bon état. Ceux de mon époux également. Mais, ils ne parvenaient pas à expliquer le fait que je sois infertile. Je ne savais plus quoi faire pour avoir des enfants”, se rappelle Charlène qui poursuit “j’ai passé 13 années dans mon ménage sans tomber une seule fois enceinte. Parfois à mon insu, ma belle-famille présentait des femmes à mon époux. Mais, lui ne voulait pas. Il n'arrêtait pas de me dire que c’est la volonté de Dieu. Il m’aimait beaucoup malgré mon état et disait qu’un jour, j’aurais aussi des enfants.

14 ans après, le rêve de Charlène se réalise 

En 2003, quatorzième année de mariage, je suis tombée enceinte. C’était le fruit des prières et de prescriptions médicales. J’avais rencontré un médecin gynécologue qui était aussi pasteur. Je ne croyais pas mais c’était réel, j’étais très heureuse et c’était des jumelles”, raconte Charlène qui ajoute “J’étais enfin respectée et considérée dans ma propre famille et dans celle de mon époux.

Aujourd’hui, le parcours de Charlène s’est transformé en un témoignage. Elle est très engagée dans son église et encourage les couples qui connaissent la même situation à persévérer et s’aimer d’un amour vrai. “J’encourage toutes les femmes qui ont passé beaucoup d’années sans concevoir, à tenir bon. Je leur dis de consulter des médecins pour connaître des causes médicales de leur situation. Au cas où il n’y a aucun résultat négatif, qu’ils se soutiennent, qu’ils persévèrent dans la prière et qu’ils s’aiment d’un vrai amour. ”

Avant le décès de son époux en 2017, Charlène a eu une autre fille, en dehors des jumelles. Ses jumelles sont en 6ème année des humanités. L’une en littéraire et l’autre fait la section scientifique. Elle vit actuellement à Mont-Ngafula et s’est lancée dans le commerce des pains et des oeufs (omelettes) pour prendre soin de ses filles.

Prisca Lokale

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