En mission en République démocratique du Congo, une délégation de l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a exprimé, jeudi à Kinshasa, ses vives préoccupations concernant la situation sécuritaire dans l’Est du pays ainsi que les atteintes aux libertés civiles et politiques.
Lors d’un point de presse, le directeur exécutif de l’organisation, Philippe Bolopion, a rappelé que HRW enquête depuis de nombreuses années sur les violations des droits humains commises dans l’Est de la RDC. Revenant sur le rapport récemment publié par l’ONG sur les événements survenus à Uvira lors de l’occupation de la ville par le M23 et les forces rwandaises, il a déclaré que ce document était « dur à lire » et faisait état de « crimes et d’atrocités commis par les forces du M23 et les forces rwandaises pendant cette période d’occupation ».
Selon lui, les faits documentés constituent des crimes d’une gravité immense qui exigent que leurs auteurs soient traduits devant la justice. « Human Rights Watch appelle à des sanctions contre notamment les responsables rwandais qui soutiennent le M23 ou qui sont impliqués dans certains des crimes documentés dans nos rapports », a-t-il affirmé, exhortant également l’Union européenne à adopter des mesures plus fermes afin de contribuer à mettre un terme aux violences.
La chercheuse principale de HRW pour les Grands Lacs, Clementine de Montjoye a indiqué s’être rendue à Uvira en mars dernier pour enquêter sur les exactions rapportées dans la ville. Elle a expliqué que les équipes de l’organisation avaient recueilli les témoignages de plus d’une centaine de personnes, dont des victimes, des témoins et des proches.
« Nous avons pu nous entretenir avec plus de 100 personnes, des proches, des témoins, des victimes qui nous ont raconté des opérations menées par le M23 et les forces rwandaises lors de la prise et suite à la prise d’Uvira, où ils ont sorti principalement des hommes et des garçons et les ont exécutés », a-t-elle déclaré.
La chercheuse a également affirmé que l’organisation avait documenté « des cas de violences sexuelles, des disparitions forcées dont les victimes restent à retrouver aujourd’hui, ainsi que de possibles cas de recrutement forcé ». Elle a insisté sur l’importance de lutter contre l’impunité et d’assurer des poursuites judiciaires impartiales contre tous les responsables présumés. « Les hauts commandants, y compris les responsables de gouvernements de pays voisins, doivent faire l’objet d’enquêtes et être traduits en justice pour les crimes commis », a-t-elle soutenu.
Par ailleurs, la chercheuse principale de HRW sur la RDC, Janet Ngokadi, a exprimé les préoccupations de l’organisation concernant la multiplication des arrestations arbitraires et des disparitions forcées visant des opposants politiques, des journalistes et des défenseurs des droits humains.
« Nous avons exprimé notre inquiétude aux autorités de l’État par rapport à la vague d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées dont sont victimes les membres de l’opposition politique, les journalistes et les activistes des droits de l’homme », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé qu’un rapport publié en mars dernier avait documenté 17 cas de disparitions forcées, tout en reconnaissant certaines avancées dans le traitement judiciaire de plusieurs dossiers. Toutefois, elle a indiqué que certaines personnes demeuraient détenues dans des conditions préoccupantes et que l’organisation continuait de recevoir des signalements de nouvelles arrestations.
« Malheureusement, nous avons continué à recevoir des cas d’arrestations arbitraires faites contre des journalistes et des activistes des droits de l’homme parce qu’ils ont exprimé leur position ou leurs opinions sur certaines questions de gouvernance ou sur le changement de la Constitution », a-t-elle affirmé.
HRW a également dénoncé ce qu’elle considère comme une restriction croissante de l’espace civique et politique, évoquant des attaques contre certains partis politiques ainsi que la répression de manifestations publiques. L’ONG a appelé les autorités congolaises à garantir la liberté d’expression, de réunion et d’opinion, afin que les citoyens puissent participer au débat public sans craindre des représailles ou des arrestations.
Divine Mbala