Delly Sesanga : « j’ai, moi-même, retiré une proposition de révision constitutionnelle à l’époque, puisque le cadre légal ne le permettait pas »

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Delly Sesanga, député national. Ph. ACTUALITE.CD

Lors d’un Space X organisé par Stanis Bujakera, le 21 mai, l’opposant et juriste Delly Sesanga s’est exprimé sur la question sensible de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo. Tout en rappelant que la Constitution elle-même prévoit la possibilité de révision, il a insisté sur le respect du cadre légal et sur l’inopportunité d’une telle démarche dans le contexte actuel.

« D’abord, il faut dire que la révision de la constitution est permise par la constitution. Donc, comme juriste, légaliste, partisan de l’état de droit, je ne peux pas être contre la révision de la constitution. Mais pour faire une révision de la constitution, il faut nous dire d’abord qu’est-ce que vous voulez réviser », a-t-il déclaré.

Sesanga a rappelé qu’il avait lui-même retiré une proposition de révision inscrite au Parlement lorsque le président Félix Tshisekedi avait décrété l’état de siège. Selon lui, l’article 219 de la Constitution interdit toute révision en période d’état de siège ou d’état de guerre. « Nous devons rester légalistes », a-t-il martelé, soulignant que certaines réformes, comme le retour à deux tours pour l’élection présidentielle, restent pertinentes, mais ne peuvent être envisagées dans l’illégalité.

Il a également mis en garde contre toute tentative de toucher à l’article 220, qui verrouille les dispositions relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels. Pour lui, une révision visant à prolonger ou multiplier les mandats d’un individu serait une dérive grave. « Si le cadre légal aujourd’hui ne le permet pas, parce que nous sommes en état de siège, nous sommes en état de guerre, on ne le fera pas. Et il est hors des questions », a-t-il insisté.

Enfin, Sesanga a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation des souffrances des populations de l’Est par la majorité, qui chercherait à justifier un éventuel référendum. « On annonce qu’on peut consulter le peuple à partir du moment où le peuple peut donner un troisième mandat … Non », a-t-il fait savoir.

Delly Sesanga a directement interpellé Félix Tshisekedi, en mettant en lumière une contradiction entre ses engagements passés et ses ambitions actuelles. « Au départ, il avait dit qu'il ne voudrait jamais un deuxième mandat, qu'un homme normal ne pouvait pas faire plus de mandats. Ce qu'on doit en déduire, c'est qu'aujourd'hui, il est devenu autre chose, donc il peut faire un troisième mandat ».

En RDC, les partis politiques d’opposition ont annoncé, mardi, la création de la Coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) afin de faire bloc contre le projet de changement de Constitution. Delly Sesanga, aux côtés de Martin Fayulu ou encore Jean-Marc Kabund, font partie des leaders de cette plateforme, qui appelle à l'unité « pour faire échec à l’instauration d’une nouvelle dictature et d’un pouvoir personnel et à vie en RDC ». 

Japhet Toko