Est de la RDC: Paul Kagame n'a pas répondu favorablement à la demande de HRW pour discuter des exactions commises par l'armée rwandaise et le M23, regrette l'Organisation

Paul Kagame
Paul Kagame, Président du Rwanda

Le président rwandais Paul Kagame n’a pas donné une suite favorable à la demande de rencontre formulée par Human Rights Watch (HRW), organisation internationale de défense des droits humains, a indiqué Philippe Bolopion, directeur exécutif de cette ONG après un séjour de travail du 17 au 21 mai 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, par son directeur exécutif.

L’objectif de cette rencontre avec Paul Kagame, d’après HRW, était d’échanger autour des "exactions" commises par les forces armées rwandaises et la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.

"En avril, Human Rights Watch a demandé une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l'armée rwandaise et le M23 dans l'est du Congo, mais n'a reçu aucune réponse", lit-on dans le communiqué de Human Rights Watch publié ce vendredi 22 mai.

Philippe Bolopion a rappelé l’urgence de sanctionner les auteurs d’abus, que ce soit à Kinshasa ou à Kigali. Selon lui, l’impunité ne doit pas devenir une règle. Il a également appelé au soutien des efforts de paix dans l’Est de la République démocratique du Congo.

"L’impunité engendre davantage d’abus, les gouvernements donateurs, notamment l’Union européenne, devraient soutenir les efforts du Congo en matière de responsabilisation et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’abus", a-t-il insisté.

Cette visite en République démocratique du Congo fait suite à la publication,  jeudi 14 mai, d’un rapport de l’Human Rights Watch (HRW) sur la situation sécuritaire et humanitaire à Uvira, dans la province du Sud-Kivu, après le retrait de la rébellion de l’AFC/M23. En réaction, le mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo-AFC/M23 s’est montré critique à l’égard de ce rapport, affirmant qu’il suscite de sérieuses interrogations quant à sa crédibilité, son impartialité et son objectivité.

Dans une mise au point faite vendredi 15 mai par Lawrence Kanyuka, chef du département de communication et porte-parole du mouvement rebelle, ce document apparaît comme un rapport fortement influencé par le narratif politique du régime de Kinshasa, reprenant presque mot pour mot les accusations, les éléments de langage et la propagande diffusés depuis plusieurs mois par les autorités congolaises ainsi que par leurs relais médiatiques et diplomatiques.

Dans cette mise au point, ce mouvement rebelle soutenu par le Rwanda rappelle que son retrait d’Uvira s’est effectué en pleine journée, dans le calme et sous les regards des caméras du monde entier. Il fustige le fait que cette organisation internationale de défense des droits de l’homme préfère, selon lui, fermer les yeux sur la persistance de l’insécurité ainsi que sur les massacres perpétrés dans les zones sous contrôle des autorités gouvernementales.

À cet effet, l’organisation politico-militaire affirme porter à la connaissance de Human Rights Watch les faits suivants. Elle les présente comme démontrant l’ampleur des exactions commises à Uvira non pas par ses éléments, mais, selon Lawrence Kanyuka, par la coalition gouvernementale composée des FARDC, des FNDB, des FDLR, des Wazalendo et de mercenaires étrangers.

"Il est établi que seule Human Rights Watch est jusqu'aujourd'hui en déphasage avec la réalité sur le terrain. La disparition sur toutes les plateformes numériques de son communiqué du mois de janvier 2026 incriminant la coalition gouvernementale dans les exactions commises à Uvira sur les populations civiles est l'illustration de ses embarras dans l'affirmation des incriminations contenues dans son dernier rapport. Human Rights Watch a produit un travail d'une incongruité qui laisse penser à un mauvais collégien qui se débarrasse d'un devoir agaçant. Alors que les crimes et les exactions de tout genre ne cessent de se perpétuer et de s'aggraver dans la ville, cette organisation ferme les yeux et préfère faire plaisir au régime kakistocratique de Kinshasa", dénonce l'AFC/M23.

"Nous sommes des civils !", tel est l’intitulé du nouveau rapport de Human Rights Watch dans lequel cette organisation internationale de défense des droits humains revient longuement sur les meurtres, violences sexuelles et enlèvements commis par la rébellion de l’AFC/M23 et les forces rwandaises lors de l’occupation de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo.

Selon ce rapport parvenu à ACTUALITE.CD, le groupe armé M23 et les Forces rwandaises de défense (Rwanda Defence Force, RDF) ont commis de nombreuses violations graves du droit international humanitaire, dont plusieurs constituent des crimes de guerre, lors de leur prise et occupation de la ville d’Uvira entre le 10 décembre 2025 et le 17 janvier 2026.

Le document rappelle également qu’Uvira est tombée aux mains du M23 et des forces rwandaises quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix négocié par les États-Unis entre le Rwanda et la RDC, un accord qui aurait, selon le rapport, favorisé le retrait soudain de ces forces un mois plus tard.

Clément MUAMBA