Plus de quatre ans après l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le professeur Ribio Nzeza Bunketi Buse publie un ouvrage qui retrace les coulisses de ce processus historique, fruit d’une collaboration entre la République démocratique du Congo et la République du Congo.
Inscrite en décembre 2021 sur la liste représentative de l’UNESCO, la rumba congolaise avait marqué un tournant dans la reconnaissance internationale des cultures africaines. Cette consécration avait donné lieu à plusieurs célébrations à travers le monde.
Dans son livre intitulé “Rumba congolaise la reconnaissance de l’UNESCO”, l’auteur propose une lecture structurée de cette aventure à travers une approche originale baptisée « la scène en 10 actes ». Il y met en lumière le travail de la commission scientifique mixte ayant conduit à cette reconnaissance, commission au sein de laquelle il a exercé en qualité de rapporteur.
L’ouvrage s’ouvre sur une dimension autobiographique, permettant au lecteur de comprendre l’implication personnelle de l’auteur dans ce processus, avant de se conclure par une réflexion prospective sur le suivi des engagements liés à la stratégie de promotion et de sauvegarde de la rumba congolaise.
Au-delà de l’aspect institutionnel, le livre propose également une synthèse de l’histoire de la rumba congolaise, tout en explorant des thématiques transversales. Des contributions spécifiques enrichissent l’analyse, notamment celles de Charles-Didier Gondola sur la sape, et de Rodrigue Nzelokuli sur le tourisme.
Autre particularité de l’ouvrage, une annexe recensant 500 « mabanga », phénomène emblématique de la musique congolaise moderne, qui consiste en des dédicaces chantées ou parlées intégrées dans les morceaux.
Professeur associé en communication à l’Université catholique du Congo et à l’Université de Kinshasa, Ribio Nzeza Bunketi Buse a également dirigé la Fondation Music in Africa entre 2013 et 2016. Depuis 2021, il occupe le poste de directeur du département Culture à l’Université Senghor à Alexandrie, en Égypte. Par ailleurs, il est rapporteur du bureau du 6e congrès culturel panafricain de l’Union africaine.
Rumba, un patrimoine, un mode de vie
La référence musicale de la RDC et du Congo-Brazzaville célèbrera son cinquième anniversaire en tant que patrimoine immatériel de l'humanité, inscrite sur la liste de l'UNESCO le 14 décembre 2026. Ce style musical doux et entraînant a enflammé le monde depuis plus de 50 ans grâce à ses créateurs, inépuisables sources d'inspiration pour animer les corps et parler d'amour, principalement en lingala et d'autres langues.
La rumba congolaise a réussi à rejoindre la liste des patrimoines immatériels mondiaux grâce à une démarche légitime menée par des professeurs, observateurs, cinéphiles, artistes et journalistes de Kinshasa et de Brazzaville. Après examen et analyse des dossiers, l'ONU a proclamé cette rumba comme un patrimoine de l'humanité, rejoignant la rumba cubaine déjà présente sur la liste depuis 2016.
Depuis son changement de statut, les artistes chanteurs ont célébré cette rumba avec enthousiasme. Ils ont arboré ses couleurs lors de différents festivals et concerts, certains attirant un large public. Cependant, la rumba a également perdu quelques figures emblématiques de son histoire.
Pour les célébrations, le stade des martyrs a accueilli en 2022 et 2023 des concerts grand public à Kinshasa, attirant jusqu'à 80 000 personnes. Les artistes de Wenge Musica, Fally Ipupa et Ferre Gola ont réussi à remplir cet espace au nom de la musique, et plus particulièrement de la rumba. Héritier Watanabe et Félix Wazekwa ont aussi performé au même endroit. Malgré une affluence parfois modeste, la rumba a été célébrée cinq fois au stade des martyrs en deux ans.
Ces célébrations ne se limitent pas à la scène nationale, avec des artistes illuminant aussi les scènes européennes. Le Festival Panafricain de Musique (Fespam) de Brazzaville a mis la rumba congolaise au cœur des célébrations après environ dix ans d'hibernation. Le ministère de la Culture de la RDC a également consacré l'année 2023 à la célébration de la rumba congolaise.
En dépit de ces festivités, la rumba congolaise a également pleuré la perte de certaines de ses icônes, dont Lokassa Yambongo, Tshala Muana, Defao et Verkys Kimwangana. Bien que des mots de condoléances soient formulés, "l'artiste ne meurt jamais."
Kuzamba Mbuangu