RDC : l’ouvrage « Droit processuel du mariage » de Phéline Lizanga relance le débat sur la judiciarisation du mariage

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Baptême du livre

Magistrats, avocats, universitaires ou encore étudiants en droit se sont retrouvés, le 14 mai 2026 au Silikin Village, pour le vernissage de l’ouvrage "Droit processuel du mariage : Lumières et analyse critique", du juriste congolais Phéline Lizanga Lingele. La cérémonie a été l’occasion de présenter un essai juridique qui ambitionne de replacer le juge au cœur des problématiques matrimoniales en République démocratique du Congo.

Publié aux Éditions Alibooks, cet ouvrage se distingue des traités classiques de droit de la famille par son angle d’approche. L’auteur y développe la notion de « droit processuel du mariage », qu’il présente comme l’ensemble des règles procédurales gouvernant les litiges et interventions judiciaires liés au mariage, depuis sa célébration jusqu’à la dissolution des liens conjugaux.

Dans son intervention, Phéline Lizanga Lingele a indiqué que son livre est né d’observations faites dans la pratique quotidienne des juridictions congolaises, notamment les tribunaux de paix.

L’auteur, diplômé en droit privé et judiciaire de l’Université protestante au Congo (UPC), a expliqué avoir voulu combler un vide doctrinal autour de la procédure applicable au mariage.

« Beaucoup d’auteurs écrivent sur le droit de la famille. Dans leurs ouvrages, on découvre juste quelques chapitres sur le mariage. Mais tous ces auteurs n’abordent pas la question de la judiciarisation pour montrer l’importance du juge dans l’institution du mariage », a-t-il déclaré.

Selon lui, les tribunaux de paix occupent une place centrale dans le contentieux familial en RDC. S’appuyant sur des données du Conseil supérieur de la magistrature, il a tenu à rappeler qu’une grande partie des juridictions opérationnelles du pays sont des tribunaux de paix, compétents pour de nombreuses matières civiles liées au mariage.

« Le tribunal de paix n’est pas seulement une juridiction de droit commun, mais aussi une juridiction spécialisée », a expliqué l’auteur.

Phéline Lizanga confie avoir commencé ses recherches depuis 2020, en pleine période de Covid-19, bien avant certains débats récents apparus dans les milieux judiciaires et les forums d’avocats.

Divorce, rôle des avocats et autorité parentale : des débats concrets

Au cours de son allocution, l’auteur a notamment illustré l’intérêt pratique de son ouvrage par plusieurs controverses récentes ayant, d’après ses mots, agité les praticiens du droit.

Il a évoqué un récent débat suscité par une circulaire relative aux compétences du juge de paix dans les procédures de divorce, notamment sur la question du sort des enfants après la séparation des époux.

Un autre débat concernait la possibilité pour un futur époux de se faire représenter lors de la célébration du mariage civil.

L’auteur a également mentionné les discussions autour de la présence des avocats lors des audiences en chambre de conciliation.

« La loi ne dit pas que les avocats ne peuvent pas assister les parties. L’avocat exerce un mandat légal », a-t-il affirmé. Toutefois, il conteste certaines pratiques observées dans les juridictions.

Selon lui, son ouvrage apporte des éléments d’interprétation utiles aux magistrats et aux avocats confrontés à ces situations.

Phéline Lizanga n’a pas non plus hésité à contester certaines positions de juristes reconnus du droit civil et judiciaire. L’auteur remet notamment en question l’usage de l’expression « contrat de mariage » dans son acception civiliste classique. Dans son livre, il estime que le mariage, tel qu’organisé par le Code de la famille congolais, constitue une institution juridique spécifique qui ne saurait être assimilée à un contrat ordinaire relevant du droit des obligations.

Il critique également certaines interprétations du juriste Antoine Rubbens concernant la juridiction présidentielle et les pouvoirs du président de juridiction dans les procédures civiles.

Le mariage comme institution sociale et judiciaire

Au-delà de la technique juridique, Phéline présente le mariage comme une institution sociale nécessitant un encadrement judiciaire adapté.

« Le mariage est bien plus qu’une simple union de cœurs ; il est le socle de la cellule de base de notre société et un édifice juridique complexe dont la solidité dépend de la maîtrise des règles qui le régissent », a déclaré l’auteur.

Dans son analyse, il soutient également que le Code de la famille congolais a progressivement introduit une « judiciarisation du mariage », en confiant au juge un rôle central dans la résolution des conflits conjugaux et familiaux.

Cette évolution dépasse, selon lui, la simple « authenticité » des règles coutumières ou administratives pour inscrire le mariage dans une logique procédurale fortement encadrée par les juridictions.

L’ouvrage traite également des questions de droit international privé, notamment lorsqu’un mariage implique des étrangers ou est célébré hors du territoire congolais.

« Un ouvrage scientifique sérieux »

Prenant la parole lors de la cérémonie de baptême, Firmin Mvonde, procureur général près la cour de cassation, a salué la portée scientifique du livre et encouragé la production doctrinale congolaise.

« J’ai l’honneur aujourd’hui de vous consacrer, d’être admis dans le giron de ces œuvres qui sont l’émanation des hommes et de leur science. Mais vous, cher processuel du mariage, vous allez aller sur le monde scientifique, vous allez aller affronter ceux qui vous ont précédés », a-t-il déclaré. 

Il a expliqué avoir accepté de parrainer l’événement « pour valoriser un ouvrage scientifique sérieux en droit » et soutenir « un jeune auteur prometteur » appelé, selon lui, à poursuivre ses recherches.

L’assistance comprenait plusieurs figures du monde judiciaire et académique, ainsi que des membres des barreaux de Kinshasa.

Dans cet ouvrage, l’auteur combine analyses théoriques, commentaires critiques du Code de la famille et cas pratiques issus de plus de dix années d’expérience professionnelle en cabinets d’avocats.

Phéline Lizanga a indiqué souhaiter ouvrir le débat scientifique autour de ses thèses et préparer, à terme, une seconde édition enrichie des critiques et observations formulées par les lecteurs et les professionnels du droit.

James Mutuba