Nord-Kivu : offensive des wazalendo à Kibanda, Kasenyi et Luke repassent sous contrôle rebelle, l’ONU évoque des enlèvements et tortures

ACTUALITE.CD, la référence de l'actualité en RDC
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Les combats ont repris dans l’est du pays pour une deuxième journée consécutive, malgré un cessez-le-feu annoncé mais toujours difficile à rendre effectif sur le terrain. À Genève, des experts des Nations unies alertent sur des violences « extrêmes » visant des défenseurs des droits humains dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. À Kinshasa, plusieurs dossiers sensibles, de la milice Mobondo à un procès impliquant un cadre de l’ANR, alimentent les tensions.

À Masisi, une ligne de front mouvante et des civils en fuite

Jeudi 26 février, des détonations d’armes lourdes et légères étaient entendues dans et autour de Kibanda, un village situé près de Kasopo, dans le secteur d’Osso Banyungu (territoire de Masisi, Nord-Kivu). Selon des sources locales, des combattants wazalendo ont lancé, mercredi, une offensive contre des positions de l’AFC/M23 afin de reprendre le contrôle de cette agglomération qualifiée de stratégique et occupée par la rébellion depuis plusieurs mois.

Le climat de peur s’est rapidement propagé aux localités environnantes. Des habitants, déjà éprouvés par des mois d’insécurité persistante, tentent de fuir vers des zones jugées plus sûres. Dans les villages voisins, les activités socio-économiques tournent au ralenti, sur fond de « psychose » décrite par des témoins.

Aucun bilan officiel n’était disponible en journée. Les sources contactées évoquent une situation « volatile », marquée par des combats en cours et des mouvements de renfort signalés de part et d’autre.

Kasenyi et Luke repris par l’AFC/M23, signe d’une instabilité chronique

La même journée, les villages de Kasenyi et Luke (territoire de Masisi) sont « de nouveau passés » sous contrôle de l’AFC/M23, après d’intenses affrontements contre l’armée congolaise et les wazalendo, d’après plusieurs sources citées par la rédaction d’ACTUALITE.CD. Les rebelles auraient lancé une contre-offensive dès mercredi, soit un jour après avoir perdu ces deux agglomérations.

Des renforts rebelles en provenance de Rutshuru auraient été signalés vers les lignes de front. La reprise de ces positions illustre la volatilité de la situation à Masisi, où les équilibres militaires demeurent mouvants et où la population civile, souvent prise en étau, continue de payer le prix fort, avec de nouveaux déplacements observés.

À Rubaya, les communications coupées puis rétablies sur fond de bombardements

Après au moins vingt-quatre heures d’interruption totale, les réseaux mobiles ont été rétablis mercredi 25 février dans la cité minière de Rubaya et ses environs. La coupure, survenue mardi 24 février, faisait suite à des bombardements ayant endommagé les installations des antennes de Vodacom, Orange et Airtel, selon plusieurs sources sur place, dans un contexte d’affrontements entre l’AFC/M23, les FARDC et leurs alliés wazalendo.

Pendant l’interruption, appels et SMS ont fonctionné de manière irrégulière sur certains réseaux, tandis que l’accès à Internet était indisponible. Le rétablissement de la connectivité — et des services de transfert d’argent par téléphone — a été accueilli avec soulagement, sans pour autant dissiper les inquiétudes liées à la dégradation sécuritaire.

Le cessez-le-feu sous pression après la mort de Willy Ngoma

La mort du porte-parole militaire de l’AFC/M23, Willy Ngoma, tué mardi 24 février lors d’une frappe de drone attribuée aux FARDC, intervient dans un contexte de reprise des combats à Masisi et de cessez-le-feu fragilisé. Selon des sources concordantes, l’attaque a eu lieu près de Rubaya, présentée comme une mine stratégique du territoire de Masisi. Aucun bilan officiel complémentaire n’a été communiqué.

Sur le terrain, les affrontements se multiplient sur plusieurs axes : à Kibanda près de Kasopo, mais aussi dans les secteurs d’Osso Banyungu, de Katoy, dans la chefferie de Bahunde, ainsi qu’à Lumbishi et Kashovu, au sud de Masisi, selon les informations rassemblées.

Dans ce climat, le ton s’est durci côté rébellion : le numéro deux du mouvement, Bertrand Bisimwa, accuse Kinshasa d’avoir fait le choix « assumé » de l’option militaire et évoque une « offensive généralisée », tout en annonçant une communication officielle à venir.

Un mécanisme de vérification encore « au ralenti »

Le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu — présenté comme signé le 14 octobre 2025 à Doha sous médiation du Qatar — n’est pas encore pleinement opérationnel sur le terrain. Il repose notamment sur le Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE) de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), décrit comme fonctionnant au ralenti.

Pour tenter d’en relancer la dynamique, le général de brigade zambien Charles Simuyuni Nakeempa, commandant du MCVE+, est arrivé à Goma. En parallèle, une mission conjointe MONUSCO–CIRGL est déployée à Uvira du 23 au 27 février, présentée comme une phase exploratoire visant à évaluer les conditions d’accès, de sécurité et de logistique en vue d’un déploiement effectif.

À Genève, des experts onusiens alertent sur des violences contre les défenseurs des droits humains

Alors que les hostilités se poursuivent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, des experts des Nations unies ont décidé de hausser le ton. Jeudi 26 février, à Genève, en marge de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, ils ont condamné des violences « extrêmes » attribuées à l’AFC/M23 visant des défenseurs des droits humains et leurs familles.

Dans leur déclaration, ils évoquent notamment des tentatives d’assassinat, des enlèvements répétés, des actes de torture, des violences sexuelles et des menaces de mort. Ils indiquent qu’entre novembre 2025 et février 2026, plusieurs défenseurs auraient été pris pour cible au Nord-Kivu et au Sud-Kivu « en lien direct » avec leur travail.

Ils citent notamment le cas de deux défenseuses des droits humains, engagées contre des expulsions forcées de civils à Uvira, qui auraient été enlevées et torturées, leur lieu de détention restant inconnu. Une autre défenseuse, engagée dans la défense des droits des personnes LGBT, aurait été enlevée à plusieurs reprises et soumise à de graves tortures, selon ces experts. Un défenseur aurait, lui, été contraint de se cacher après des menaces de mort, tandis que son épouse aurait été agressée pour tenter d’obtenir des informations sur sa cachette.

Les experts rappellent également l’obligation de l’État, au regard du droit international, de protéger toutes les personnes relevant de sa juridiction, et appellent à des enquêtes « rapides et impartiales », ainsi qu’à un soutien médical et psychosocial adéquat pour les survivants.

Kigali accuse Kinshasa de « discours de haine », Kinshasa dénonce un « prétexte »

Dans le même cadre genevois, le Rwanda a pris la parole mardi 24 février lors du segment de haut niveau de la 61ᵉ session. Son ministre des affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a dénoncé ce qu’il présente comme une « marginalisation » des tutsis congolais dans l’est de la RDC et a appelé le Conseil à condamner les discours de haine qu’il attribue aux autorités congolaises.

Le diplomate rwandais évoque des frappes aériennes et de drones, des destructions d’habitations et des déplacements de familles, qu’il décrit comme une intimidation visant un « effacement démographique ». Il cite également des propos attribués au porte-parole des FARDC, le major-général Sylvain Ekenge, tenus en décembre 2025, et estime que l’absence de poursuites judiciaires renforcerait la banalisation de la haine.

De son côté, sur X, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, qualifie les FDLR d’« éternel prétexte » et diffuse un tableau récapitulatif d’opérations menées par les FARDC entre 2009 et 2020. En réponse, Kigali accuse Kinshasa de « propagande mensongère » et rappelle un engagement, daté du 21 mars 2024 dans le cadre du processus de Luanda, de présenter un « plan de neutralisation des FDLR ».

À Ngungu, la crise humanitaire au quotidien : des déplacés sans assistance signalée

Dans la cité de Ngungu, en chefferie des Bahunde (Masisi), des familles fuyant les affrontements arrivent en nombre. Selon un cadre local, la pression devient forte sur les ménages hôtes, dans des conditions d’accueil décrites comme de plus en plus précaires : promiscuité, manque de vivres, insuffisance d’eau potable, difficultés sanitaires.

Les sources locales indiquent qu’aucune assistance « significative » n’a encore été signalée, les déplacés vivant essentiellement de la solidarité communautaire. Les autorités locales et leaders communautaires appellent à une intervention d’urgence, notamment pour l’accès à l’eau, la distribution de vivres et la prise en charge médicale.

À l’ouest du pays, le dossier Mobondo revient au premier plan

Rappelé à Kinshasa en décembre, le porte-parole des opérations Ngemba a été autorisé à reprendre ses fonctions au sein de la onzième région militaire. Le capitaine Antony Mualushayi avait été entendu au sujet de déclarations sur le phénomène Mobondo, évoquant notamment « l’implication des proches du pouvoir » et des liens supposés avec des troupes rebelles à l’est, selon le récit rapporté.

D’après des sources proches du dossier, « l’option serait levée » pour interpeller les personnes impliquées dans la crise Mobondo. Du côté des victimes, un chef traditionnel de Kwamouth, Stany Libie, exige l’intensification des opérations militaires dans les zones encore occupées, citant notamment Kwamouth, Bagata et Maluku. Une mission de pacification a été dépêchée depuis janvier dans des régions touchées, avec des redditions et des dépôts d’armes signalés.

À Kinshasa, un procès impliquant un cadre de l’ANR renvoyé au 5 mars

À la Cour militaire de Kinshasa/Gombe, l’affaire opposant l’auditeur du ministère public à Philémon Mambabwa Zebo, cadre de l’Agence nationale des renseignements (ANR), et consorts, a été renvoyée au 5 mars 2026, à la demande de ses avocats. Ceux-ci ont invoqué des « charges étatiques » expliquant l’absence de leur client à l’ouverture de l’audience.

L’affaire est liée à des accusations portées par Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des droits humains et députée nationale honoraire. Lors d’une conférence de presse, elle a accusé ce responsable de l’ANR d’avoir ordonné l’enlèvement et la torture de ses deux enfants mineurs, ainsi que d’un ami, dans la nuit du 21 décembre 2025, dans la résidence privée de Philémon Mambabwa. Elle évoque des adolescents « séquestrés, ligotés, tabassés et torturés » et dénonce un « abus de pouvoir personnel ». Parmi les griefs mentionnés figurent des faits de torture et l’incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi. Le procès est perçu, dans l’environnement sociopolitique congolais, comme un test pour l’indépendance de la justice militaire.

Dialogue politique : Fayulu et Kabund plaident pour une formule inclusive, Tshisekedi fixe ses lignes rouges

Sur le terrain politique, l’opposant Martin Fayulu a réaffirmé jeudi son soutien à l’organisation d’un dialogue inclusif, tout en rappelant les déceptions liées aux dialogues passés et la nécessité de critères de participation « clairement définis » et d’un engagement ferme à appliquer les résolutions. Il souhaite une participation élargie, y compris, écrit-il, aux groupes armés, sans préciser lesquels, et propose un agenda allant de la souveraineté et la réforme du secteur de sécurité, à la gouvernance, la justice, les réformes électorales pour 2028 et la stabilité régionale.

Jean-Marc Kabund-a-Kabund, en séjour en Europe, a, lui, échangé mercredi 25 février avec Johan Borgstam, représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs. Il réclame le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, en se référant à une résolution 2773 du Conseil de sécurité, et plaide pour un dialogue « incluant toutes les forces concernées, y compris les groupes armés ». Il conteste les critères fixés unilatéralement par le président Félix Tshisekedi, lequel a accepté le principe d’un dialogue sous conditions, tout en excluant la participation de l’AFC/M23.

Le reste de l’actualité : sport et gouvernance sportive

Sur le plan sportif, la RDC affronte Madagascar en basketball jeudi 26 février à 19 heures locales à la Dakar Arena, dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2027. La Fédération congolaise de boxe a, de son côté, annoncé la nomination de Ferdinand Ilunga Luyoyo comme président intérimaire de l’IBA Afrique, avec entrée au Conseil d’administration de l’instance, selon une notification datée du mercredi 25 février.