Le fait du jour
Modeste Bahati Lukwebo a déposé ce mercredi sa démission au poste de deuxième vice-président du Sénat, au lendemain du dépôt d'une pétition de destitution initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya et signée par plusieurs élus. Les griefs retenus contre lui portaient sur des accusations d'incompétence, un manque de respect envers les institutions et des déclarations controversées sur une possible révision constitutionnelle. « Je me disais que ça ne sert à rien d'engager un bras de fer avec mes collègues. De toutes les façons, quand on reçoit un mandat, on doit se préparer à le quitter à tout moment », a déclaré Bahati Lukwebo à ACTUALITE.CD aussitôt après avoir remis sa lettre au président du Sénat, Sama Lukonde.
Sa démission est également intervenue sous la pression de son propre regroupement politique, l'AFDC-A, dont des membres avaient publiquement appelé leur chef à en tirer les conséquences politiques. Ancien président du Sénat de 2019 à 2024, Bahati Lukwebo occupait ce poste de deuxième vice-président depuis les élections législatives de 2023.
Dans une interview accordée à ACTUALITE.CD ce mercredi, il a tenu à clarifier sa position sur la révision constitutionnelle, insistant qu'il ne s'est jamais prononcé directement pour ou contre. Il estime que la question est encore précoce et doit être traitée dans le cadre de la commission promise par le président Félix Tshisekedi. « Pour moi, ce n'est pas un sujet tabou. Pour l'AFDC, c'est un sujet qui nous intéresse aussi. Donc, nous entendons participer à ce débat-là », a-t-il dit. Il a rappelé que fin 2024, le chef de l'État avait évoqué une possible réforme constitutionnelle et promis de mettre en place une commission. « Le Président de la République va déterminer à quel moment la commission sera mise en place. Et nous, en tant que deuxième force politique du pays, nous ne manquerons pas d'en faire partie », a-t-il ajouté. Il a par ailleurs réaffirmé sa loyauté au chef de l'État et son maintien dans l'Union sacrée de la Nation. « Je reste sénateur, je reste dans l'Union sacrée, je reste loyal au président de la République, Félix Tshisekedi », a-t-il souligné.
Sur le terrain
Le front est relativement calme ce mercredi dans la plaine de la Ruzizi, au lendemain de violents combats entre l'AFC/M23 et les FARDC appuyées par les wazalendo dans les villages de Kabunambo et Runingu, sur la RN5 en territoire d'Uvira au Sud-Kivu. Les affrontements ont duré toute la journée de mardi, avec des détonations d'armes lourdes dans les collines surplombant la route et la plaine. Les positions sont désormais partagées : une partie de ces localités est tenue par les FARDC et les wazalendo, l'autre par les rebelles. « Le calme est revenu. Ce sont les FARDC/wazalendo qui sont à Runingu et à Kabunambo, une partie est occupée par les FARDC/wazalendo et l'autre par les éléments de l'AFC/M23 », a indiqué un habitant de Runingu à ACTUALITE.CD.
Les combats de mardi ont provoqué un déplacement massif de populations vers la cité d'Uvira. La RN5 entre Bukavu et Uvira reste fermée depuis plusieurs jours. Selon une source religieuse, cette fermeture aurait été demandée par le Burundi, qui soupçonne des infiltrations sur son territoire via cet axe et aurait menacé de refermer ses frontières si la route n'était pas bloquée.
Dans la chefferie de Bwito, territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, des combats récurrents entre l'AFC/M23 et les wazalendo continuent de provoquer des déplacements massifs. La semaine dernière, de violents échanges de tirs dans les groupements Kihondo, Bambo et Bukombo ont contraint des centaines de familles à fuir vers Mweso dans le territoire de Masisi, ainsi que vers Nyanzale et Katsiru dans le Rutshuru. « Nous avons fui la nuit, sans rien emporter. Les balles sifflaient partout. On ne savait pas où aller, seulement sauver nos vies », témoigne une mère de famille rencontrée à Nyanzale. Les conditions sur place sont alarmantes : absence de nourriture, d'eau potable, d'abris et de soins. « Nous dormons à même le sol, sans bâches ni couvertures. Les enfants commencent à tomber malades, mais nous n'avons pas de médicaments », confie un père de famille installé à Mweso. Le nombre exact de ménages déplacés reste inconnu, les contraintes sécuritaires limitant l'accès des acteurs humanitaires dans les zones affectées. À Mweso, le processus de recensement n'a pas encore débuté.
Mines et souveraineté
La RDC a été désignée premier pays vitrine du programme PanAfGeo+ INVEST, lancé mardi 17 mars à Kinshasa. Troisième phase du programme phare de l'Union européenne PanAfGeo, mis en œuvre en partenariat avec EuroGeoSurveys et l'Organisation des services géologiques africains, il vise à renforcer les capacités géoscientifiques du continent et à attirer des investissements dans les minerais critiques. Financé par l'UE à hauteur de 17,8 millions d'euros pour la RDC, le pays capte la part la plus importante des 45,5 millions d'euros alloués au total pour l'ensemble du continent, loin devant l'Afrique du Sud qui en reçoit 3,8 millions. « La RDC est de très loin le premier pays vitrine », a souligné Jean-Claude Guillaneau, coordonnateur du projet.
Le programme est structuré autour de trois composantes : le partenariat entre services géologiques européens et africains, la formation qui a déjà permis de former 1 773 experts africains dans les phases précédentes, et les investissements dans les métaux critiques. Il inclut également le secteur artisanal, qui représente des milliers d'emplois en RDC. Porté par le Service géologique national du Congo en partenariat avec le BRGM et la Team Europe, il s'inscrit dans le cadre de l'initiative Global Gateway de l'Union européenne, qui prévoit d'investir 300 milliards d'euros sur la période 2021-2027, dont la moitié sur le continent africain. Une seconde étape, le Country Window RDC, est prévue ce jeudi 19 mars, consacrée aux travaux de terrain et de laboratoire à l'échelle nationale.
Par ailleurs, deux ans après la renégociation de l'avenant 5 de l'accord minier entre la RDC et le consortium d'entreprises chinoises autour du projet Sicomines, de nombreuses questions persistent sur les infrastructures promises et les bénéfices réels pour le pays. ACTUALITE.CD et Resource Matters consacrent un nouvel épisode de leur podcast « Qui perd et qui gagne » à ce bilan.
Ils ont dit
« Je ne m'engage pas dans un bras de fer avec mes collègues. Dans ma nature, je n'aime pas la confrontation, j'ai préféré déposer ma démission. » — Modeste Bahati Lukwebo, après avoir remis sa lettre de démission au président du Sénat.
« Je reste sénateur, je reste dans l'Union sacrée, je reste loyal au président de la République, Félix Tshisekedi. » — Modeste Bahati Lukwebo, réaffirmant son ancrage politique après sa démission.
« La RDC est de très loin le premier pays vitrine. La RDC va bénéficier de 17,8 millions d'euros, alors que le suivant, l'Afrique du Sud, ne bénéficie que de 3,8 millions d'euros. » — Jean-Claude Guillaneau, coordonnateur du programme PanAfGeo+ INVEST.
« Il ne s'agit pas seulement de cartographier les minerais, mais de cartographier des opportunités. » — Fabrice Basile, chargé d'affaires de la Délégation de l'UE en RDC, sur le programme PanAfGeo+ INVEST.
« Nous avons fui la nuit, sans rien emporter. Les balles sifflaient partout. On ne savait pas où aller, seulement sauver nos vies. » — Une mère de famille déplacée, rencontrée à Nyanzale, territoire de Rutshuru.
« Nous dormons à même le sol, sans bâches ni couvertures. Les enfants commencent à tomber malades, mais nous n'avons pas de médicaments. » — Un père de famille déplacé à Mweso, territoire de Masisi.
« Nous n'avons même pas de quoi manger depuis deux jours. Nous dépendons de la solidarité des habitants, mais eux aussi n'ont presque rien. » — Une déplacée à Mweso.
« Nous voulons juste la paix pour retourner chez nous. Ici, ce n'est pas une vie. » — Un déplacé à Mweso, territoire de Masisi.
« Concernant la route, à ce qui semble, elle a été fermée à la demande du gouvernement du Burundi qui soupçonne l'infiltration au Burundi comme à Uvira via cette route. Le Burundi a même menacé de refermer encore ses frontières si la RDC ne ferme pas la route entre Uvira et Bukavu. » — Une source religieuse, sur la fermeture de la RN5.
À surveiller demain
Lancement du Country Window RDC dans le cadre de PanAfGeo+ INVEST, prévu ce jeudi 19 mars à Kinshasa.
Évolution de la situation sur la RN5 Bukavu-Uvira, toujours fermée, et réponse de Kinshasa aux exigences du Burundi.
Suites de la démission de Bahati Lukwebo et désignation d'un nouveau deuxième vice-président du Sénat.
Bilan humanitaire des déplacements dans la chefferie de Bwito et à Mweso après les combats des derniers jours.
Ce soir, on retient
Modeste Bahati Lukwebo a démissionné ce mercredi de son poste de deuxième vice-président du Sénat, sous la pression d'une pétition et de son propre camp, tout en réaffirmant sa loyauté à Félix Tshisekedi et son maintien dans l'Union sacrée. La RN5 entre Bukavu et Uvira reste fermée après les violents combats de mardi dans la plaine de la Ruzizi, à la demande du Burundi. Des centaines de familles continuent de fuir les combats dans la chefferie de Bwito vers Mweso et Nyanzale, dans des conditions humanitaires critiques.
Actualite.cd | La rédaction