Près d’une année après l’occupation des villes de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu) par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, la crise sécuritaire et humanitaire qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo s’est une nouvelle fois imposée au centre des échanges lors d’une séquence politique de haut niveau, mardi 10 février dernier, au Parlement européen à Strasbourg, en France.
C’est dans ce cadre qu’à l’invitation de l’eurodéputée Hilde Vautmans, la délégation congolaise du Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), conduite et représentée par la Dre Audrey Mundine, présidente du Front Uni, a multiplié les échanges de plaidoyer avec plusieurs eurodéputés belges, dont Wouter Beke, Elio Di Rupo et Marc Botenga. Objectif : renforcer le niveau d’alerte et de mobilisation autour de l’urgence congolaise et appeler l’Europe à passer des déclarations aux décisions concrètes, mesurables et rapides.
"Passer à la vitesse supérieure" : le cœur du message
À cette occasion, rapporte sa cellule de communication samedi 14 février 2026, le Front Uni, mouvement des Congolais de la diaspora, a porté un message central : face à l’escalade des violences, aux déplacements massifs de populations, à l’effondrement de l’accès humanitaire et aux violations graves des droits humains, notamment les violences sexuelles, l’Union européenne ne peut plus se limiter à des paroles.
"La délégation a insisté sur quatre priorités immédiates : protection effective des civils ; accès humanitaire (corridors, accès sans entrave, logistique) ; justice et lutte contre l’impunité ;traçabilité et contrôle des chaînes d’approvisionnement afin de tarir les circuits qui alimentent l’économie de guerre", renseigne la cellule de communication du Front Uni.
Des interventions en plénière qui confirment l’urgence
Le débat en séance sur la « violence dans la région des Grands Lacs, en particulier à l’Est de la RDC » a été notamment marqué par les interventions d’Hilde Vautmans (au nom de Renew), d’Elio Di Rupo (S&D) et de Marc Botenga (The Left). Dans le même esprit, les eurodéputés ont rappelé que cette crise dure depuis des décennies et que la protection des civils, les femmes et les enfants en première ligne, doit redevenir un impératif politique.
"Un an déjà que ce Parlement a adopté presque à l'unanimité une résolution destinée à mettre fin aux pillages des ressources de la République Démocratique du Congo et surtout stopper l'impunité qui se vit dans la région malheureusement la Commission fait exactement le contraire et continue de financer le Rwanda qui déroule désormais au grand jour sa caravane de la mort sur le sol congolais. Ne dites pas que vous ne le savez pas puisque les experts des Nations-Unies et les organisations humanitaires ne cessent de remonter les informations prenant pour exemple le rapport Mapping celà fait 16 ans que ce dernier dort dans vos tiroirs et on s'étonne que l'impunité monte en puissance dans cette région", a déclaré Hilde Josée Jeanne Vautmans, de nationalité belge et présidente de la délégation du Parlement européen auprès de l’Assemblée parlementaire Afrique-UE.
Au cœur des préoccupations figure la cohérence de l’action européenne. Dans la continuité de positions déjà défendues publiquement, Mme Vautmans a remis en avant l’exigence de traduire les résolutions en actes, notamment en matière de pression diplomatique, de conditionnalité et de mesures restrictives.
"Ce sont les mêmes acteurs, le même pays dont le Rwanda qui agit en toute impunité depuis plus de 30 ans, il n'ya que Paul Kagame qui est capable de signer un accord de paix à Washington puis deux semaines plus tard d'attaquer et d'occuper d'Uvira pendant ce temps on continue de recenser les fausses communes, avec cette guerre d'occupation on parle chers collègues de plus de 11 millions de morts, une femme est violée toutes les 4 minutes, un enfant tout les 30 minutes, plus de 9 millions de réfugiés et de déplacés malgré ces chiffres horribles l'Europe maintient sa cooperation militaire et donne des millions au Rwanda, L'Europe par sa passivité et financement nourrit le bourreau et le pousse à multiplier leurs crimes sans aucune limite. Le peuple congolais n'a que faire de vos discours de condamnation stérile depuis 30 ans, l'heure est venue d'agir positivement et concrètement", a plaidé l'euro député Hilde Josée Jeanne Vautmans.
La séquence a également été marquée par la présence de la commissaire européenne chargée de la préparation et de la gestion des crises ainsi que de l’égalité, Hadja Lahbib. Sur le plan humanitaire, elle a annoncé une mission prochaine dans la région (RDC, Rwanda et Burundi) et souligné que, sans solution politique et diplomatique, l’aide humanitaire, estimée à 250 millions d’euros, demeure insuffisante. L’ancienne cheffe de la diplomatie belge a par ailleurs insisté sur la nécessité d’un accès humanitaire « plein et sans entrave », ainsi que sur l’urgence de rouvrir des routes et corridors logistiques.
Bien avant cette séquence parlementaire, la situation dans la région des Grands Lacs, et particulièrement dans l’Est de la RDC, avait été au centre d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, tenue le jeudi 29 janvier 2026 à Bruxelles (Belgique), sous la direction de Kaja Kallas, Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et présidente du Conseil des affaires étrangères. Cette réunion visait à permettre au Conseil d’échanger des points de vue sur la situation sécuritaire, à la lumière de la récente escalade des violences dans l’est de la RDC.
Rappelons que le Parlement européen avait déjà, en février 2025, appelé à la suspension du mémorandum UE–Rwanda sur les chaînes de valeur des matières premières, au gel de certains soutiens et à l’examen de mesures fortes en lien avec la crise et les violences imputées au M23 et à ses soutiens.
Clément MUAMBA