La question de la prise d’Uvira par les rebelles du M23 appuyés par le Rwanda s’est invité ce jeudi au procès de Roger Lumbala qui a atteint la phase des plaidoiries des parties civiles.
L’avocate Clemence Bectarte, qui a plaidé pour le cas de victimes de viols, a informé la Cour que pendant que l’affaire Lumbala est jugé à Paris, en RD Congo où les crimes avaient été commis, les habitants d’Uvira, une ville du Sud-Kivu, sont contraints à se déplacer à la suite de sa prise par d’autres « seigneurs de guerre ».
Pour elle, en reconnaissant Lumbala coupable de complicité des crimes contre l’humanité commis entre 2002 et 2003, la Cour d’assises de Paris lancera « un signal fort aux seigneurs de guerre que même 22 ans après les faits, la justice pourra toujours les rattraper grâce au courage des victimes ».
Dans sa plaidoirie, l’avocate a dénoncé l’absence des actions de répression des auteurs des crimes commis en RDC.
« Comment ne pas s’étonner de l’absence de tout jugement, de toute décision de la justice sur l’affaire Effacer le tableau ? Il faut réprimer les viols. Il faut rendre une décision qui apportera une pierre à l’édifice », a exhorté l’avocate.
Au procès de Roger Lumbala, l’avocate Clemence Bectarte a défendu la cause des femmes victimes de viols d’Epulu, à plus de 70 km de Mambasa sur l’axe Kisangani. Les victimes étaient prenantes à Paris pour témoigner des actes subis.
C’est le cas d’une victime violée à deux reprises par un militaire d’Effacer le tableau en présence de ses deux jumeaux, une autre violé à côté de sa fille de 11 ans, elle aussi violée sur le champs par deux autres militaires sous l’œil impuissant de sa maman, ou encore une autre violée alors qu’elle était enceinte de huit mois.
« 80% des femmes venues témoigner ont été violées. 70% d’elles violées en présence de leurs proches, 40% des jeunes filles, et 40% des victimes également témoins des autres cas de viols », a révélé l’avocate.
Pour l’avocate, ces actes de viol ont des répercussions sur la vie sociale des victimes : elles sont rejetées, abandonnées par leurs maris ou leurs pères, leur impose un sentiment de déshumanisation et provoque leur effondrement psychique.
« Roger Lumbala n’a pas violé mes clients mais c’était un chef qui a rendu ces crimes possibles. Un complice sans lequel ces crimes n’auraient pas été possibles », a insisté l’avocate, avant d’être rejointe par sa collègue Claire Deniau: « la RDC est transformée à un funérarium. Votre décision (celle de la justice française, ndlr) dira ça suffit. Condamner Lumbala, c’est reconnaître que le courage des victimes n’aura pas été vains ».
Les plaidoiries se sont poursuivies par thématiques (crimes) et par territoires (villages affectés). S’en suivra le réquisitoire des avocats généraux, avant le délibéré de la Cour.
Claude Sengenya, envoyé spécial à Paris