La Rdc a-t-elle été valablement représentée à la commission sur le passé colonial de la Belgique ?
Tribune

Dans une lettre adressée au Président Félix Tshisekedi, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, le Roi Phillipe de Belgique exprimait ses regrets les plus profonds pour les blessures et les épisodes douloureux infligés au Congo pendant la colonisation. En formant le souhait de regarder lucidement le poids de l’héritage colonial, tout en luttant contre les discriminations encore présentes, le souverain belge a fait un grand pas vers la pacification de la mémoire et la cohabitation des peuples.

 

C’est à cet effet que le 16 juillet 2020, le parlement belge créait officiellement la Commission sur le passé colonial de la Belgique (Commission Congo). La Commission voyait le  jour suite à des manifestations violentes en Belgique contre les symboles de la colonisation, lesquelles manifestations s’inscrivaient dans la flambée mondiale contre le racisme et ses avatars, suite à l’assassinat, aux Etats-Unis d’Amérique, d’un citoyen noir américain nommé George Floyd. La mission de la Commission est de faire le bilan colonial allant de l’Etat indépendant du Congo (EIC), propriété du roi belge Leopold II (1885-1908), et du Congo belge (1908-1960). Il est question de faire la paix avec son passé colonial.

 

C’est la deuxième fois qu’une mission parlementaire belge est constituée sur ce sujet dérangeant. La première fois, en 2001, il s’est agi de la Commission parlementaire sur la mort de Lumumba, ayant  conclu à la « responsabilité  morale de certains acteurs et ministres belges ». Ce fut un regard plein de symbole, certes, mais qui passait sous silence la globalité de la question. La Commission de 2020 s’offre un champ plus global et entrainera des conséquences significatives, telles que la décolonisation coloniale de la ville de Bruxelles, encore pleine de symboles et monuments à la gloire de personnages contestés comme le roi Leopold II, et l’inscription de l’histoire coloniale dans les cursus scolaires.

 

La commission parlementaire comporte 19 membres choisis selon les règles de représentation proportionnelle de la Belgique, ainsi qu’une commission d’experts chargée d’élaborer un rapport et faire des propositions. Autant on peut saluer cette initiative de la Belgique de regarder son passé colonial en face, autant on peut se poser la question de la validité scientifique et des aspects politiques de l’entreprise. D’une part, les membres de la commission, qui représentent leurs partis et autant d’idéologies—plutôt que les faits—sur la question coloniale, sont loin d’être neutres. De l’autre, la commission des experts pose problème, à telle enseigne que l’un de ses membres, le professeur belgo-congolais Zana Etambala Mathieu, dans une lettre adressée à des parlementaires, en conteste la composition. Il n’est pas le seul historien à s’émouvoir de cette composition.

 

Parmi les personnages les plus contestés, le professeur historien Elikia M’bokolo. Autrefois sommité scientifique respectée par les Congolais, ce professeur a vu sa cote subir une spectaculaire dégringolade au sein de l’opinion lors de son adhésion en 2018 au Front Commun pour le Congo, la plate-forme d’appui à l’ancien président Joseph Kabila. Depuis, il traine ce boulet au pied. Nombreux se demandent comment un scientifique de renom comme lui pouvait défendre un régime de répression et de corruption, régime dont l’autorité suprême alla jusqu’à louer la “vision”  de Léopold II. La crédibilité et l’objectivité de l’historien en ont pris un sacré coup.

 

Ce n’est donc pas sans raison que des voix se sont élevées pour poser la question, non seulement de sa présence dans la commission d’experts, mais d’un plus grand groupe de représentants de la diaspora congolaise à couleur politique FCC. On dira peut-être que les couleurs politiques ne devaient rien avoir avec la commission, mais vu les disputes au sein même de la commission parlementaire, où chacun parle du point de vue de l’idéologie de son parti, le Congo ne devrait pas être représenté par une voix discordante de la vision du Chef de l’Etat. “J’estime nécessaire, disait le Chef de l’État, que notre histoire commune avec la Belgique et son peuple, soit racontée à nos enfants en République Démocratique du Congo ainsi qu’en Belgique sur la base d’un travail scientifique réalisé par les historiens des deux pays.” D’où la nécessité d’une meilleure représentativité du côté congolais pour non seulement regarder le passé mais aussi envisager l’avenir. En effet, il ne sera pas question que de vérités historiques, mais aussi des propositions sur les termes de la réconciliation escomptée.

 

 

Serge Gontcho et Siméon Nkola

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