RDC: "je ne suis pas sa création", Julien Paluku révèle comment il a été élu gouverneur contre la volonté de Kabila

Julien Paluku au FOCAC 2024 à Pékin
Julien Paluku au FOCAC 2024 à Pékin

Ce jeudi soir sur le Live Space X de Stanis Bujakera Tshiamala, Julien Paluku a livré une révélation politique passée quasi inaperçue à l'époque, mais qui éclaire d'un jour nouveau sa relation avec Joseph Kabila : en 2007, le PPRD, parti présidentiel, n'a remporté que cinq à six provinces sur onze lors des premières élections de gouverneurs de la Troisième République, et le Nord-Kivu n'en faisait pas partie.

« Le PPRD n'a gagné que cinq, six provinces sur les onze », a révélé le ministre, citant nommément les provinces acquises à Kabila : le Katanga avec Moïse Katumbi, Kinshasa avec André Kimbuta, le Sud-Kivu avec Célestin Cibalonza, le Maniema avec Didi Manara, et une sixième. Cinq autres provinces ont en revanche été remportées par des indépendants ou des candidats de l'opposition : l'Équateur avec José Makila, le Kongo Central avec Jacques Mbadu, le Kasaï Occidental avec Trésor Kapuku du RCD, le Kasaï Oriental avec Ngoy Kasanji, et le Nord-Kivu avec Julien Paluku lui-même. « Ma candidature avait été rejetée par Joseph Kabila à l'époque », a-t-il précisé.

Les représailles ne se sont pas fait attendre. Un mois seulement après son investiture, une première motion de destitution est conçue à Kinshasa, dit-il. Le 14 octobre 2007, Laurent Nkunda du CNDP, en guerre ouverte contre le Nord-Kivu, adresse une lettre à l'Assemblée provinciale pour demander la déchéance du gouverneur. En novembre 2007, une motion signée par tous les députés provinciaux PPRD et MSR est déposée dans le même sens. 

Au total, cinq motions seront engagées contre lui entre 2007 et 2009. « Simplement parce que j'avais battu le candidat de l'Alliance de la Majorité présidentielle », a-t-il résumé.

Kinshasa est également passé à l'étranglement financier. Après que Paluku a publiquement critiqué le pouvoir central pour avoir privilégié une « troïka économique » au détriment d'une réponse sécuritaire, la rétrocession budgétaire de la province a été coupée. Contraint de trouver des ressources alternatives, il dit avoir alors créé un système de partenariat public-privé avec la Fédération des entreprises du Congo, assorti d'une taxe conventionnelle votée avec l'Assemblée provinciale. 

« C'est cette taxe qui a financé les infrastructures. Aujourd'hui, les rebelles sont dans une ville réhabilitée par nos efforts », a-t-il observé avec amertume.

« Je restitue cela à la nation pour qu'on cesse de croire que je suis une création de Kabila, que j'ai évolué sous lui comme un enfant de cœur », a-t-il conclu, citant le ministre d'État Mohindo Nzangi comme témoin de ces années de turbulences. « J'ai navigué dans ces méandres politiques pour m'en sortir. Je suis sorti comme un stratège d'un environnement pas très sain. »