C'est un récit inédit que Julien Paluku a livré ce jeudi soir sur le Live Space X de Stanis Bujakera Tshiamala. Loin de l'image d'un gouverneur confortable sous la protection de Kinshasa, le ministre du Commerce extérieur a décrit douze années de turbulences politiques permanentes, marquées par des tentatives répétées de le faire tomber, orchestrées, dit-il, depuis le palais présidentiel lui-même.
Tout commence en 2007. Quand Julien Paluku se présente aux élections de gouverneur du Nord-Kivu, sa candidature est d'abord rejetée par Joseph Kabila. Il passe outre et se présente comme indépendant. Il gagne.
« J'ai battu le candidat de l'Alliance de la Majorité Présidentielle », rappelle-t-il, soulignant que sur onze provinces, le PPRD n'en a remporté que cinq ou six. Le Nord-Kivu rejoignait ainsi un groupe de cinq provinces échappant au contrôle de Kabila : l'Équateur avec José Makila, le Congo Central avec Jacques Mbadu, le Kasaï Occidental avec Trésor Kapuku du RCD, le Kasaï Oriental avec Ngoy Kasanji. « Les gens de vingt, trente ans ne savent pas cela parce qu'ils avaient un an ou dix ans quand j'ai été élu », a-t-il observé.
La réaction de Kinshasa est immédiate. « Un mois après mon investiture, une première motion a été conçue à Kinshasa pour me faire partir en juin 2007 », révèle-t-il. Mais ce qui suit est encore plus saisissant : le 14 octobre 2007, c'est Laurent Nkunda lui-même, le chef du CNDP alors en guerre ouverte contre le Nord-Kivu, qui adresse une lettre à l'Assemblée provinciale pour demander la déchéance du gouverneur.
« En novembre 2007, une motion signée par tous les députés provinciaux PPRD et MSR a été déposée. Au total, j'ai fait face à cinq motions entre 2007 et 2009 », égrène-t-il, laissant entendre que la convergence entre les rebelles de Nkunda et les députés du parti présidentiel pour le renverser mérite en elle-même d'être relevée.
L'étranglement financier suit. Après que Paluku critique publiquement le pouvoir central pour avoir privilégié une « troïka économique » plutôt qu'une réponse sécuritaire au conflit, Kinshasa coupe la rétrocession budgétaire de la province. « On a coupé la rétrocession pour dire : ce gouverneur là, comment il commence à mettre des avis comme ça sur le pouvoir central », raconte-t-il. Acculé, il invente alors un modèle de financement alternatif inédit : un partenariat public-privé avec la Fédération des entreprises du Congo, adossé à une taxe conventionnelle votée avec l'Assemblée provinciale.
« C'est cette taxe qui a financé les infrastructures. Aujourd'hui les rebelles sont dans une ville réhabilitée par nos efforts, l'une des meilleures villes », dit-il avec une amertume visible.
Le ministre a conclu sur une note personnelle. « Ceux qui m'ont vu en 2017 lors de mes dix ans d'anniversaire savent que j'étais devenu l'homme le plus maigre de la planète », a-t-il confié, promettant de publier une photo de cette époque. « C'est le calvaire que j'ai traversé comme gouverneur. J'ai navigué dans ces méandres pour m'en sortir. Je suis sorti comme un stratège d'un environnement pas très sain. »