Plus grande métropole francophone d’Afrique avec plus de 15 millions d’habitants, Kinshasa déborde d’une créativité culturelle exceptionnelle. Cependant, son expansion se poursuit sans véritable planification urbaine. Cette vitalité masque une absence de régulation qui fragilise le quotidien des habitants.
L’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure un défi majeur, tandis que la spéculation foncière s’intensifie et que la menace des inondations pèse sur de nombreux quartiers. Cette situation résulte notamment d’une gestion publique souvent déconnectée des réalités du terrain. Le manque de coordination entre l’État, la province et le secteur privé freine la mise en œuvre de solutions durables.
Résultat, les quartiers informels et précaires ne constituent plus l’exception, mais la norme. Pourtant, l’insalubrité chronique et les crues à répétition ne sont pas uniquement des conséquences du changement climatique. Elles traduisent une crise profonde de l’aménagement urbain. Chaque jour, des tonnes de déchets obstruent les cours d’eau, aggravant les risques d’inondation et mettant des vies en danger.
« Pour briser ce cycle, Kinshasa doit unifier ses services publics et protéger de toute urgence son environnement naturel afin de bâtir des infrastructures modernes, de garantir la justice sociale et de redonner toute sa dignité à la vie kinoise », ont recommandé les intervenants réunis, jeudi 25 juin 2026, à l’occasion d’un Café politique organisé par la Dynamique des politologues de la RDC (Dypol), en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert (FES).
Le panel était composé de trois experts : Vanel Mudimbi, urbaniste et conseiller au ministère de l’Urbanisme et Habitat ; Joël Kiana, architecte et directeur adjoint de cabinet du ministre délégué auprès du ministre de l’Urbanisme et Habitat, chargé de la politique de la ville de Kinshasa ; ainsi que Jeannette Basingezi, représentante de l’Agence congolaise de l’environnement.
Les échanges ont porté sur plusieurs thématiques, notamment la gouvernance urbaine et son financement, la justice spatiale et l’intégration du secteur informel, ainsi que la mobilité et le désenclavement de la capitale.
À l’issue des discussions, plusieurs recommandations ont été formulées. Les participants ont notamment préconisé la mise en place d’un cadre légal pour mettre fin à l’anarchie foncière, maîtriser l’étalement urbain et rendre opérationnel le Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération de Kinshasa (SOSAK 2015). Ils ont également insisté sur la nécessité de renforcer la résilience écologique de la ville en privilégiant des solutions locales pour améliorer le réseau d’assainissement et assurer une gestion durable des eaux pluviales.
Les experts ont aussi recommandé de renforcer les capacités de la ville à faire face aux inondations, de mettre en œuvre des stratégies locales innovantes de gestion des déchets ménagers, de financer et structurer les initiatives citoyennes en faveur de la salubrité, de végétaliser davantage les espaces urbains et de développer un système de transport collectif plus performant.
Par ailleurs, les intervenants ont plaidé pour une meilleure articulation entre l’économie informelle et le développement urbain à travers un urbanisme négocié, capable d’éviter les exclusions tout en valorisant la créativité et le dynamisme du secteur informel. Ils ont enfin souligné l’importance d’une participation active des citoyens dans la conception et la gestion de leur ville.
Selon le coordonnateur de la Dypol, Christian Moleka, ces recommandations, qui reflètent les préoccupations et les attentes des Kinois face aux défis urbains, seront transmises aux autorités compétentes. Un objectif partagé par Ruth Zinga, représentante de la FES, qui a insisté sur la nécessité de traduire ces propositions en actions concrètes afin d’améliorer durablement les conditions de vie des habitants de Kinshasa.
Bienvenu Ipan