Dans son aperçu du mois de janvier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a présenté la situation dans le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, rappelant que depuis le 2 janvier 2026, des affrontements armés ont repris dans plusieurs villages des groupements Nyamaboko 1 et 2, situés respectivement dans les zones de santé (ZS) de Masisi et Katoyi, entraînant de nouveaux mouvements de population.
Selon ce document rendu public mercredi 17 février 2026, une partie des ménages a rejoint le groupement Walowa-Yungu, dans le territoire voisin de Walikale, où des familles d’accueil hébergent certains déplacés, tandis que d’autres se sont installés dans des écoles et des églises, sans moyens de subsistance. Des combats ont également été signalés les 19 et 20 janvier à Kinyumba, sur l’axe Nyabiondo–Lukweti (ZS de Masisi). D’autres affrontements entre groupes armés ont été rapportés à Kalembe, ainsi qu’à Luhanga dans la ZS de Mweso, provoquant des déplacements de population vers Mweso-centre.
"Au moins 11 personnes ont été tuées et une quarantaine blessée lors d’une frappe aérienne le 2 janvier à Masisi-Centre. Cette frappe a également détruit le bureau local d’une ONG internationale. Ces événements surviennent dans un contexte de violences persistantes, alors que la ZS de Masisi accueille plus de 178 000 personnes déplacées, selon la Commission du Mouvement de Population", précise le rapport de OCHA.
Toujours à Masisi-centre, poursuit le rapport, le 19 janvier, au moins quatre personnes ont perdu la vie lors d’un incendie accidentel à l’Hôpital Général de Référence (HGR) de Masisi dans la nuit du 19 au 20 janvier 2026. L’hôpital a repris ses activités au lendemain de l’incendie, bien que plusieurs équipements médicaux aient été détruits. Parallèlement, l’effondrement de la mine de coltan de Rubaya le 29 janvier 2026 aurait causé au moins 200 morts selon des autorités locales, entraînant une fermeture temporaire du site pour faciliter les opérations de recherche.
Dans le territoire de Rutshuru, des affrontements entre groupes armés se sont poursuivis au cours du mois de janvier 2026 dans plusieurs villages de la chefferie de Bwito, touchant notamment les groupements de Bukombo, Kihondo, Mutanda, ainsi que Bambo et Tongo. Entre le 12 et le 16 janvier 2026, une cinquantaine de civils auraient été tués lors d’affrontements survenus dans plus d’une dizaine de villages des groupements de Bukombo et Kihondo.
"Ces violences ont provoqué des déplacements de plusieurs centaines de personnes (chiffres en cours de consolidation). La majorité des personnes déplacées a pris la direction de Bukombo-centre, Ihula, Nyanzale, Kikuku-centre et Katsiru tandis que d’autres ménages se sont repliés vers Mweso et Kitchanga dans le territoire de Masisi", souligne le rapport.
Par ailleurs, des incidents de braquage continuent d’être signalés sur l’axe Kiwanja–Kanyabayonga, risquant de restreindre l’accès humanitaire. Entre le 12 et le 14 janvier 2026, au moins cinq personnes ont été tuées et au moins 16 autres blessées lors d’embuscades visant des véhicules de transport en commun sur cet axe routier. Par ailleurs, un travailleur humanitaire a été enlevé par des acteurs armés le 10 janvier à Kashalira sur l’axe Kibirizi–Kikuku avant d’être libéré quatre jours plus tard.
"Après une période d’accalmie relative, un regain de violences depuis le 23 décembre 2025 s’est poursuivi dans la chefferie de Bwisha. Des combats à proximité de localités densément peuplées, notamment à Nyabanira, ont entraîné le déplacement de plus de 3 800 personnes vers l’aire de santé de Kinyandonyi", ajoute le rapport.
Depuis le début de l’année 2025, l’escalade du conflit et l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda au Nord et au Sud-Kivu, ont déplacé des centaines de milliers de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, tandis que les routes coupées et l’insécurité compliquent davantage l’accès humanitaire.
Malgré ces conditions difficiles, les acteurs humanitaires poursuivent leurs opérations vitales en négociant l’accès aux zones affectées et en fournissant des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire ainsi que d’autres formes d’assistance essentielle. Selon l’ONU, il est impératif de garantir un accès humanitaire rapide, sans entrave et sécurisé aux populations dans le besoin, et de lever tous les obstacles existants.
En dépit des avancées annoncées dans le cadre des initiatives de médiation notamment le processus de Washington piloté par les États-Unis pour le dossier RDC–Rwanda et l’implication du Qatar dans la crise opposant la RDC à la rébellion AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Face à ce constat, de nombreuses voix appellent les parties prenantes à respecter les engagements contenus dans les différents accords et déclarations signés, afin de faire taire les armes et offrir enfin une chance à la paix après près de trois décennies de conflit.
Clément MUAMBA