La défense du lieutenant-général Yav Irung Philémon a sollicité et obtenu de la Haute Cour militaire de la RDC la comparution, à l’audience prochaine du jeudi 12 mars, du général d’armée Célestin Mbala Munsense, ancien chef d’Etat-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et supérieur hiérarchique de Yav Irung Philémon au moment des faits.
Cette demande de la défense, formulée par Me Parfait Kanyanga, intervient à la suite de l’arrêt avant dire droit de la Haute Cour, ordonnant au Conseil national de cyberdéfense (CNC) d’exploiter les téléphones et les cartes SIM du prévenu. Il a également précisé que l’objectif de cette comparution est d’éclairer la religion de la Haute Cour, mais aussi de déterminer la manière dont son client se comportait sous les ordres du général d’armée Célestin Mbala.
" Notre client ici a été géré à l'époque par le Chef d'Etat-major Célestin Mbala qui avait décidé de sa nomination comme coordonnateur, qu'il a géré et qui recevait les rapports que Célestin Mbala Munsense, puisse aussi venir parce qu’il a par la défense des questions pour pouvoir éclairer votre religion. On ne va seulement éclairer votre religion par rapport à ce message où l’on dit qu'il n'a pas fait rapport à l'époque au chef d'Etat-major mais nous aimerions qu'il vienne aussi pour que nous puissions lui poser des questions à l'attitude qu'avait notre client lors de sa gestion sous son commandement ", a-t-il fait savoir lors de l'audience du vendredi 20 février.
En dehors de l’ancien chef d’état-major des FARDC, la défense a également obtenu une nouvelle convocation du lieutenant-général Ndima Constant, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général-major Sylvain Ekenge, ancien porte-parole de Ndima Constant, ainsi que du général de brigade Mwehu Lumbu. Ces trois officiers généraux avaient déjà comparu en qualité de renseignants, mais la défense estime avoir encore des préoccupations nécessitant leurs éclaircissements.
" La défense estime qu'elle n'avait pas terminé, nous avons encore des questions ", a plaidé Maître parfait Kanyanga, qui a tout de suite reçu la confirmation du premier président de leur présence lors de la prochaine audience.
Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’est de la RDC, où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique du dispositif de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Le procès intervient près de trois ans après son arrestation, survenue en septembre 2022.
Surnommé « le Tigre », le général Philémon Yav figure parmi les officiers généraux originaires de l’espace grand Katanga que certaines personnalités politiques, notamment Joseph Kabila, ancien chef de l’État, citent régulièrement pour illustrer ce qu’elles qualifient de marginalisation des officiers issus de cette région sous le régime du président Félix Tshisekedi. Ces allégations ont toutefois toujours été rejetées par l’armée congolaise, précisant que les interpellations et arrestations de certains officiers généraux et supérieurs s’inscrivent strictement dans le cadre de la législation militaire en vigueur.
Clément MUAMBA