Poursuite ce vendredi 20 février 2026, devant la Haute cour militaire de l’affaire opposant le ministère public au prévenu, lieutenant-général Yav Irung Philémon. Ce dernier, ancien commandant de la troisième zone de Défense, est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline.
Au cours de l’audience, la Haute Cour devra se prononcer sur le service de sécurité habilité à procéder à l’exploitation des téléphones du prévenu. Lors du débat général à la précédente audience, le premier président de la Haute Cour militaire, avait suggéré le Conseil national de Cyberdéfense (CNC), service spécialisé au sein du cabinet du Chef de l’État.
Cette proposition a été rejetée par les avocats de la défense et le prévenu lui-même, mais saluée par l’Auditeur général des FARDC. Face à cette situation, la Haute cour a décidé d’écouter toutes les parties, ce qui a motivé la tenue exceptionnelle de l’audience un vendredi, jour inhabituel, afin de fixer les positions des différentes parties.
Pour la défense du prévenu Yav Irung Philémon, un sérieux problème de confiance persiste avec le CNC, près de quatre ans après l’arrestation de leur client. Selon Maître Carlos Ngwapitshi, l’un des avocats de la défense, cette démarche vise surtout à appuyer le ministère public, qui serait en manque de preuves matérielles contre leur client.
"Le débat se fait à la Cour, le procès est filmé, il est sur les réseaux sociaux, vous allez demander à une partie ou un service de vous faire ce rapport, il y a un problème de confiance. Le problème est que nous sommes opposés au ministère public, il a le pouvoir d'arrêter, d'intimider les gens à tout moment, c'est son droit et c'est reconnu par la loi mais nous n'avons pas confiance", a fait remarquer Maître Carlos Ngwapitshi.
Et de poursuivre :
"Ça devait se faire depuis quatre ans, il est resté avec ces téléphones depuis 4 ans, il avait le plein pouvoir mais il ne l'a pas fait, le procès a commencé, nous opposons au ministère public la preuve, il est dans l'incapacité et vous allez recourir à un service mais qui vous dit que ce service là va nous donner un rapport qui soit impartial, c'est ça notre crainte, le moment est suspect".
Créé en 2023, le Conseil national de Cyberdéfense (CNC) est dirigé par Jean-Claude Bukasa, qui, au moment de l’arrestation de Philémon Yav en 2022, était conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité et dirigeait en même temps le Conseil national de sécurité (CNS), en remplacement de François Beya.
Le prévenu affirme ainsi ne pas faire confiance au responsable actuel du CNC, qu’il considère comme partie prenante dans les circonstances ayant conduit à son arrestation.
"Le téléphone présenté comme pièce à conviction avait été remis au conseiller spécial en matière de sécurité lorsque la commission avait été mise en place en 2022, Monsieur Jean-Claude Bukasa occupait cette fonction à l’époque, il est aujourd’hui coordonnateur du Conseil national de Cyberdéfense (CNC). Il fait partie de ceux qui ont contribué à mon arrestation. Demander à cette même personne d’intervenir aujourd’hui suscite naturellement des craintes et des doutes", a complété Philémon Yav Irung.
Pour sa part, l’Auditeur général des FARDC s’est montré favorable à la démarche, après qu’une suite non concluante a été observée du côté de l’Agence nationale des renseignements (ANR).
Il sied de signaler qu’à la suite d’une réquisition visant l’exploitation des téléphones du prévenu Philémon Yav Irung, l’administrateur général de l’Agence nationale des renseignements (ANR), Justin Inzun Kakiak, avait fait savoir que ses services, en l’absence de la coopération formelle de l’utilisateur pour la communication volontaire du mot de passe, s’étaient trouvés dans l’incapacité d’accéder aux données des téléphones et d’en extraire un contenu exploitable. Cette réponse a été lue une nouvelle fois lors de la dernière plénière.
Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’est de la République démocratique du Congo, où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique du dispositif de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Le procès intervient près de trois ans après son arrestation, survenue en septembre 2022.
Clément MUAMBA