RDC: devant le CNSA, le Conseil interreligieux congolais souligne que sa démarche pour la commission « vérité et réconciliation » est purement pastorale pour instaurer confiance et inclusivité

Le Conseil interreligieux congolais conduit par Dodo Kamba reçu par le CNSA
Le Conseil interreligieux congolais conduit par Dodo Kamba reçu par le CNSA

Poursuivant son marathon de consultations initié depuis quelques jours auprès des états-majors des partis et regroupements politiques, le Conseil Interreligieux Congolais (CIC), conduit par l’archevêque Dodo Kamba, a été reçu jeudi 19 février à Kinshasa par le président du Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA), Joseph Olenghankoy. Ce, après sa rencontre avec Martin Fayulu Madidi, l’un des leaders de l’opposition et président du parti politique ECIDE. 

Les échanges ont porté sur le projet de mise en place d’une Commission "Vérité et Réconciliation ", pensée par cette structure religieuse comme un levier de décrispation et de justice transitionnelle, afin de préparer le terrain pour un dialogue national inclusif, souhaité par plusieurs acteurs sociopolitiques et la communauté internationale.

Devant la presse, l’archevêque Dodo Kamba a tenu à lever toute équivoque sur la nature de cette visite : " il faut admettre que le contexte ici change, car nous ne venons pas rencontrer le président Olenghankoy en tant qu’acteur politique, mais nous le voyons en tant que président d’une institution qui joue pleinement son rôle dans le pays ", a-t-il précisé, indiquant avoir sollicité " les avis et les conseils " du patron du CNSA.

Il a reconnu que la discussion a exigé de la pédagogie face aux attentes de son hôte : " il y a eu des échanges à une telle hauteur que ça n’a pas été facile de lui faire comprendre, car il avait besoin de toutes les assurances. Et nous les lui avons fournies ". Pour le CIC, l’issue de cette audience est porteuse d’espoir, l’archevêque se disant rassuré quant à " l’accompagnement " du CNSA pour la suite du processus.

Synergie plutôt qu'interférence avec le dialogue national

Réagissant aux craintes soulevées par certains acteurs du paysage sociopolitique congolais, qui redoutaient que cette démarche n’entrave ou ne retarde le dialogue inclusif annoncé prochainement, l’archevêque Dodo Kamba s’est montré rassurant.

" Nous avons dit non, et nous le disons à haute voix : non. Notre démarche concourt à pouvoir baliser le chemin, faciliter les choses, et il n'y a rien qui contraigne quoi que ce soit ", a-t-il fait savoir tout en réitérant la mission de "pasteur " que s'assigne le CIC : " instaurer un climat de confiance pour garantir l'inclusivité des futurs échanges, dans l'intérêt supérieur de la nation". 

Ouverture à la médiation angolaise et rigueur apostolique

S’agissant des consultations annoncées par l’Angola, à la suite d’une réunion tenue à Luanda réunissant Joao Lourenço, Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé et Olusegun Obasanjo, l’archevêque Dodo Kamba a affirmé que son organisation reste " ouverte à toute approche ", précisant que les initiatives régionales ne sont pas incompatibles avec la dynamique interne actuelle, tout en insistant sur l’ADN de sa mission.

" Notre démarche est purement pastorale. J'insiste : cela n'engage que notre apostolat d'abord, et notre organe confessionnel tel que nous l'avons conçu ", a rassuré Dodo Kamba. 

Alors que la RDC fait face à une crise sécuritaire persistante, marquée par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, ainsi qu’à de fortes tensions politiques internes, la convocation d’un dialogue national inclusif s’impose, selon plusieurs acteurs sociopolitiques congolais, comme une étape décisive pour tenter de restaurer la cohésion nationale et refonder le consensus républicain.

En prélude à un dialogue national en gestation, qui devrait être conduit par João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, le Conseil interreligieux congolais (CIC)  cadre de concertation interconfessionnelle et composante de la société civile soutenant cette initiative  estime que tout dialogue politique intégrant des personnes ayant pris les armes en dehors du cadre constitutionnel devrait être précédé de la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation.

S’inspirant de l’expérience sud-africaine, le représentant légal des Communautés unies du Réveil (CUR), Israël Dodo Kamba, affirme que cette démarche permettrait à la République démocratique du Congo d’éviter la création d’un fâcheux précédent, qui consisterait à légitimer la voie des armes comme un moyen acceptable de porter des revendications et de se faire entendre sur la scène politique nationale. Selon lui, le dialogue demeure la meilleure opportunité de fédérer les différentes opinions, et un tel mécanisme pourrait encourager les fautifs à reconnaître leurs torts, à demander pardon et à contribuer à l’instauration d’une paix durable.

Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier, mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Clément MUAMBA