FRIVAO: Victimes, chiffres et soupçons : l’épreuve de la transparence (Épisode 3)

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SÉRIE – FRIVAO, LES ZONES D’OMBRE DES RÉPARATIONS

Plus de 14 000 victimes indemnisées en quelques mois, des soupçons de fraudes et des enquêtes judiciaires en cours : le FRIVAO est désormais confronté à une question centrale. Comment garantir que la réparation historique promise ne soit pas fragilisée par le manque de transparence et de contrôle ?

Lorsque le comité intérimaire prend ses fonctions, le diagnostic est brutal. En quelques mois, le nombre de victimes indemnisées passe de 106 à plus de 14 000. Le gouvernement évoque même jusqu’à 16 000 victimes pour la seule ville de Kisangani. Sur le terrain, cette accélération est présentée comme un succès. Dans les documents officiels, elle apparaît surtout comme une source majeure d’inquiétude.

Le Conseil des ministres parle désormais ouvertement de « fausses victimes », de réseaux d’extorsion et de manipulations. Une injonction est adressée au Procureur général près la Cour de cassation pour ouvrir des enquêtes judiciaires. L’objectif affiché est clair : protéger les véritables victimes et restaurer l’autorité de l’État.

Mais pour l’instant, ces enquêtes n’ont livré aucune conclusion publique. Aucun rapport d’audit détaillé n’est rendu accessible. Aucune liste vérifiable de bénéficiaires n’est publiée. Aucun état financier certifié ne permet de suivre précisément l’utilisation des fonds.

Ce déficit de transparence alimente la défiance. Pour les victimes, une question s’impose : comment s’assurer que l’argent qui leur est destiné ne se dilue pas dans les lenteurs administratives, les conflits internes et les détournements présumés ?

À ce stade, une chose est certaine : le FRIVAO est devenu bien plus qu’un simple fonds d’indemnisation. Il est un test grandeur nature de la capacité de l’État congolais à gérer une réparation historique, sous le regard de l’opinion publique et de la communauté internationale.

Sans transparence renforcée, sans audits publiés et sans clarification sur les responsabilités, la promesse de justice réparatrice risque de rester inachevée. Pour les victimes, l’attente continue. Pour le FRIVAO, l’heure de vérité approche.

A retenir:

  1. 14 309 victimes indemnisées: Chiffre avancé par la coordination intérimaire après huit mois de gestion.
  2. Jusqu’à 16 000 victimes à Kisangani: Estimation citée dans le compte rendu du Conseil des ministres.
  3. Enquêtes judiciaires en cours: Ouvertes sur des soupçons de fausses victimes, d’extorsion et de manipulations.

A (re)lire:

Gouvernance sous tension : quand le FRIVAO vacille (Épisode 2)
FRIVAO : l’argent des réparations, entre promesse historique et réalité administrative (Épisode 1)