L’ONG congolaise La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) a appelé mercredi les services de sécurité de la République démocratique du Congo (RDC) à « humaniser » les conditions d’interpellation et d’arrestation, en se conformant au respect strict de la dignité humaine et des droits humains.
Lors d’une conférence de presse à Kinshasa, la VSV s’est dite « vivement préoccupée » par la multiplication récente d’arrestations et d’interpellations, qu’elle attribue principalement aux services de sécurité, notamment au Conseil national de cyberdéfense (CNC). L’ONG affirme ne pas s’opposer à des interpellations qu’elle juge justifiées, dès lors qu’elles sont fondées et réalisées dans le respect du droit interne et des conventions internationales relatives aux droits humains ratifiées par la RDC.
La VSV estime toutefois que de nombreuses interpellations se déroulent « sans respect des procédures », dénonçant des arrestations opérées sans mandat, parfois de nuit, ainsi que des détentions prolongées sans présentation devant un juge ni assistance d’un avocat. Elle évoque également des conditions d’arrestation qualifiées d’inhumaines, avec des personnes parfois interpellées les yeux bandés.
L’ONG affirme que ces pratiques provoquent un « traumatisme » au sein des familles concernées, citant des interventions tard dans la nuit et l’absence d’informations sur le lieu de détention des personnes arrêtées. Elle souligne que certaines des personnes interpellées ont occupé de hautes fonctions publiques et auraient pu, selon elle, être convoquées « de manière civilisée ».
Parmi les personnes citées comme interpellées ou arrêtées figurent notamment Emmanuel Ramazani Shadari, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Aubin Minaku, vice-président du PPRD, ainsi que plusieurs cadres politiques, acteurs de la société civile et opérateurs économiques. La VSV mentionne également des informations faisant état de l’arrestation et de la détention d’officiers généraux et supérieurs, appelant à leur présentation devant les juridictions compétentes et au respect de leur droit à la défense.
Dans un contexte sécuritaire qu’elle qualifie de « très difficile », marqué par l’occupation de Goma et de Bukavu ainsi que de territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda, l’ONG appelle les autorités à la prudence afin d’éviter toute atteinte aux libertés fondamentales susceptible, selon elle, de discréditer le pays sur la scène internationale.
La VSV demande notamment la fin des interpellations aux heures indues, la présentation systématique d’un mandat judiciaire, le respect du délai constitutionnel de garde à vue de 48 heures, l’information immédiate des personnes arrêtées des motifs de leur arrestation et le respect de la présomption d’innocence.