Siégeant en matière répressive en premier et dernier ressort, la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a consacré son audience du mardi 27 janvier à l’audition de quatre officiers généraux des FARDC en qualité de renseignants, dans la cause opposant l’Auditeur général au lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de Défense.
En réaction, la défense du prévenu a relevé “l’absence de constance” dans les dépositions des différents renseignants. Selon Me Carlos Ngwapitshi, tout comme l’auditeur général des FARDC se trouve dans l’incapacité de produire le prétendu message en provenance de Kigali, les renseignants entendus lors de cette audience ont, au regard de leurs interventions, démontré l’inexistence dudit message. Cette situation, soutient-il, ne fait que renforcer la position de la défense, qui dénonce l’absence de preuves probantes à charge de son client.
"Vous avez suivi le général Ndima qui vous dit qu'il n'a jamais vu ce message, le ministère public nous avait confirmé que “je suis dans l'incapacité de produire ce message”, l'Organe de la loi dit qu'il faut aller à la source en allant vers le général Peter Cirimwami qui est considéré comme dénonciateur qui est tenu de l'obligation de démontrer les faits et l'Organe de la loi et les parties en conflit nous sommes tous en difficulté de voir ce message là. Jusqu'à preuve du contraire l'Organe de la loi est dans l'incapacité et l'impossibilité manifeste de nous montrer ce message. Il n'y a aucune constance dans le dossier même dans la déposition du premier renseignant: il vous dit on m'a révélé, je n'ai pas vu alors qu'un témoin ou renseignant est censé être la personne qui a vécu les faits, entendus et qui vient raconter à la Cour. Vous allez constater que même les renseignants qui viennent, continuent d'appuyer la thèse du prévenu parce que nous disons “à celui qui allègue les faits d'en apporter les preuves”, il est dans l'impossibilité", a fait remarquer l'un des avocats du collectif de la Défense, Me Carlos Ngwapitshi.
Relevant toujours ce qu’elle qualifie des contradictions dans les déclarations des renseignants, la défense du prévenu Philémon Yav Irung estime que l’auditeur général cherche à aggraver les faits en citant le nom d’un officiel rwandais. Elle s’étonne que les personnes ayant assisté à la même réunion, au cours de laquelle Cirimwami était venu dénoncer Yav Irung, ne parviennent pas à tenir un discours cohérent sur l’identité de l’expéditeur du prétendu message.
"Le général Péter Cirimwami aurait déclaré que le message venait du général James Kabarebe. Lorsque j'ai lu les procès verbaux, je constate que le général Ekenge parle du Parsec de James Kabarebe, je me pose la question, nous sommes tous dans un bureau autour d'une table, l'information est donnée, chacun a sa version des faits comment peut-il expliquer cela ? En suivant la narration des faits du général Ndima, vous avez compris qu'il y avait déjà un problème dès le départ. Donc pour charger davantage le général Yav Irung Philémon, il faut aggraver les faits en citant le nom de James Kabarebe. Je vais savoir pourquoi toutes ces contradictions? ", s'est interrogé Me Carlos Ngwapitshi.
Et de poursuivre :
"C'est ce que l'organe de la loi appelle la Constance des faits ? Non, le général Ekenge vous dit qu'il y a eu un rapport, un compte-rendu qui a été dressé à la fin de la réunion mais en lui posant la question quel est le nom de l'expediteur que vous avez retenu dans votre rapport ? Il n'a pas répondu parce que le général Ndima vous dit c'était James Kabarebe, le général Ndima l'a fait à dessein, il n'y a pas la constance dans la déposition des renseignants et donc l'Organe de la loi qui vous avait promis qu'il avait des moyens des preuves concordants là, il est en face des renseignants qui viennent chacun avec sa version des faits et toutes ces contradictions vont nous servir lors de la plaidoirie".
La prochaine audience est prévue pour mardi 17 février 2026. Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’est de la République démocratique du Congo, où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique du dispositif de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Le procès intervient près de trois ans après son arrestation, survenue en septembre 2022.
Surnommé « le Tigre », le général Philémon Yav figure parmi les officiers généraux originaires de l’espace Grand Katanga que certaines personnalités politiques, notamment Joseph Kabila, ancien chef de l’État, citent régulièrement pour illustrer ce qu’elles qualifient de marginalisation des officiers issus de cette région sous le régime du président Félix Tshisekedi. Ces allégations ont toutefois toujours été rejetées par l’armée congolaise précisant que les interpellations et arrestations de certains officiers généraux et supérieurs s’inscrivent strictement dans le cadre de la législation militaire en vigueur.
Clément MUAMBA