Le gouvernement a été informé de la tenue d’une réunion d’évaluation convoquée par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, en vue d’activer les mécanismes de restauration progressive de l’autorité de l’État, en commençant par Uvira, ville du Sud-Kivu durement éprouvée par des scènes de pillages perpétrées par les forces "terroristes" AFC/M23-RDF. Cette information a été révélée par le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, vendredi 23 janvier 2026 à la 75ᵉ réunion du Conseil des ministres.
Selon le compte rendu de cette réunion, lu par le porte-parole du gouvernement, et en exécution des instructions issues de ladite rencontre, il a été lancé en urgence jeudi 22 janvier 2026, un atelier national sur la restauration de l’autorité de l’État. Celui-ci a réuni des experts des secteurs concernés en vue d’élaborer une feuille de route à mettre en œuvre conformément aux accords signés par la République démocratique du Congo à Washington et à Doha.
"Les conclusions des concertations autour des questions essentielles permettront l’élaboration d’une feuille de route qui servira de guide aux différentes étapes à déployer pour restaurer l’autorité de l’État, prioritairement à Uvira, et qui pourra également servir pour toutes les autres villes et territoires actuellement occupés par les forces coalisées RDF/M23", précise le compte rendu de la réunion.
Cette évolution de la situation intervient dans un contexte marqué par l’annonce, jugée controversée par Kinshasa, du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Les autorités congolaises estiment que cette communication visait essentiellement à détourner l’attention et à atténuer la pression internationale, notamment celle exercée par les États-Unis, sur Kigali, considéré par les Nations unies comme le principal soutien de cette rébellion. Sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit néanmoins ses conquêtes territoriales et met en place une administration parallèle échappant au contrôle des autorités de Kinshasa.
Par la suite, dans une correspondance adressée le jeudi 15 janvier 2026 au Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, annonçait avoir placé la ville stratégique d’Uvira sous la responsabilité de la communauté internationale. Dans cette lettre, la rébellion précisait que cette démarche s’inscrivait dans la décision de retrait de ses forces, annoncée dès le 15 décembre 2025 et récemment réitérée, invoquant son attachement au cessez-le-feu. Elle y annonçait, dans le même temps, le désengagement immédiat de son « unité d’observation et de monitoring », déclinant ainsi toute responsabilité future dans la sécurisation de cette importante agglomération du Sud-Kivu.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA